Le St Graal du mors : partie 2/2

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Mon Martial, paré à aller se promener en Baucher (ou à faire la sieste)… 

C’est parti pour la deuxième partie de l’article sur les mors, qui retrace, de façon non exhaustive je le rappelle, les différentes embouchures couramment utilisées, ou en tout cas qui ont été citées dans le sondage de notre page Facebook (le but est d’être au plus près de vos pratiques équestres).

Continuons donc, avec les mors avec une action plus complexe que les mors simples précédemment évoqués, mais aussi les embouchures sans mors !


Le Baucher, mors avec effet de ramener

Du nom de l’écuyer du 19ème siècle François Baucher, il permet de tenir des chevaux

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Mors Baucher double brisure

allants. Il agit avec un léger effet de ramener et de fermeture de l’angle tête encolure : il aide à la mise en main. Il n’est pas conseillé pour les chevaux ayant tendance à s’encapuchonner. Il reste bien en place sans pointer dans le palais et encadre latéralement. Pour les jeunes chevaux, il faut l’utiliser ponctuellement afin de permettre la tension et le mouvement en avant. Il est à prioriser sur les chevaux d’âge, notamment en dressage. Il est en effet un peu dur et le cheval a plus tendance à passer derrière les jambes, en perdant la tension du dos.


Le releveur, ou filet polo, ou gag

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Mors releveur à canon droit

On dit souvent qu’il ne relève que le moral du cavalier … Les rênes peuvent être montées à différents endroits : sur les anneaux du mors (action douce, identique à celle avec un filet simple), avec des alliances (action plus forte avec élévation de la nuque) ou directement sur le montant du releveur (action dure). Par son action, le cheval relève son avant-main et reporte du poids sur l’arrière. Le cheval doit avoir un bon dos pour pouvoir effectuer cette bascule en restant tendu. En agissant directement sur le releveur, le cavalier sur la nuque (les montants se raccourcissent) et sur la commissure des lèvres : il faut donc savoir relâcher la pression. L’idéal est de le monter en 4 rênes. Il faut le manipuler avec précaution ; d’ordre éducatif, il est à réserver aux chevaux de sport qu’il faut tenir assez hauts.


Le Pessoa

Très utilisé en CSO, il vient du cavalier Nelson Pessoa. Il oblige le cheval à un soutien 

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Pessoa à 4 anneaux

important de l’avant-main. Lors de l’action de main, le mors remonte dans la commissure des lèvres et s’appuie simultanément sur la langue. Il équilibre sur les hanches et le cheval se soutient. Il est idéal pour les chevaux qui tirent vers le bas et qui ont du poids sur leur avant-main. Mais les chevaux insuffisamment tendus vont creuser le dos et travailler à l’envers. Il faut donc avoir une certaine autonomie dans le travail du cheval et dans l’utilisation de sa main ! Le Pessoa est réglable (3 ou 4 anneaux) et plus les rênes sont fixées basses, plus l’action est dure. Des alliances peuvent venir en atténuer l’action.


Le mors à passants internes

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Mors à passants internes

Les passants internes permettent l’utilisation du mors de multiples façons. En fonction des réglages, le mors pourra avoir un effet releveur (comme le Pessoa, mais avec une action plus douce) ou abaisseur similaire à celui d’un mors Baucher.

 

 


Le mors à boules, ou waterford

C’est un mors très dur malgré sa souplesse apparente. Il a un effet décontractant et

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Waterford

interdit l’appui sur le mors. Le contact peut être rendu fuyant et problématique, et la mise sur la main est plus compliquée. A essayer encadré par des professionnels.


Le Pelham ou mors centaure

Il aurait été inventé par un lord anglais comme alternative à la bride. Il facilite l’appui à certains chevaux déjà sur les épaules. L’effet de levier agit sur les barres, la commissure et le maxillaire inférieur au niveau de la gourmette. Il provoque une fermeture de l’angle tête encolure et une verticalisation du

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Pelham

chanfrein. Il permet de contrôler des chevaux chauds ou avec un placer assez haut, en conservant la soumission. Le Pelham a tendance à durcir la bouche et les chevaux sur les épaules tirent encore plus vers le bas, accentuant le défaut. Ce mors peut apprendre à tirer pour les cavaliers qui ont tendance à rester accrochés aux rênes. Il peut être monté en 2 ou 4 rênes. Il est pratique mais contraignant. Pour les trotteurs qui ont tendance à être déjà sur les épaules, mieux vaut opter pour un pessoa ou un releveur.

 


Le Goyoaga, ou mors espagnol

Il permet de terminer en douceur le dressage des jeunes chevaux. L’effet de levier oblige

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Goyoaga (ici sans la gourmette)

les chevaux au ramener et au soutien mais avec peu de contact. Cet effet est limité car les bras de levier sont relativement courts. Il permet aussi de contrôler des chevaux un peu chauds, mais nécessite un cavalier ayant une main stable et peu de forces. Il est adapté à des chevaux habitués à céder dans leur nuque et à se soutenir sans tirer. Pour un mors à gourmette, il est relativement doux. En revanche, mal utilisé, il peut durcir la bouche et faire rentrer le couple dans un schéma de tension permanente.


Le mors coup de poing

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Mors coup de poing

C’est essentiellement un mors d’attelage. Le contact est fort et symétrique. Il agit de la même manière qu’un Pelham avec alliances. Il permet de contrôler le cheval tout en conservant la sensibilié de la bouche.


Le mors Myler combiné niveau 1

Le mors combiné 2 anneaux Niveau 1 est un mors (lanière de nez en cuir brut) avec branches 2 anneaux en acier inox et embouchure incurvée en acier doux et incrustations de cuivre qui facilitent la salivation avec large barillet qui procure une action relaxante.

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Mors Mlyer combiné niveau 1

A noter également la totale indépendance de mouvement des deux branches qui permet de dissocier les aides suivant le côté. Les mors Myler Bits reposent sur un concept qui soulage la langue et qui permet au cheval d’avaler facilitant ainsi sa relaxation.


L’anti passe-langue

L’anti passe-langue se fixe dans la bouche en ajoutant un

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Anti passe-langue

montant supplémentaire. Ils permettent d’utiliser un cheval qui a ce défaut, mais ne contribuent pas à régler le problème. C’est une solution coercitive plutôt qu’éducative.

 


Le hackamore, proche du Hackenson et du Bosal

Il n’agit que lorsque le cavalier vient au contact, mais il n’est pas doux pour autant !

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Hackamore

Il agit sur l’auge du chanfrein et celui de l’auge, et les bras de levier sur le haut de la bouche. Il peut être dangereux entre des mains inexpérimentés : cavaliers tentés par le sans mors, essayer d’abord d’autres types d’enasures ! Il permet de monter des chevaux compliqués ou qui n’acceptent plus le mors.


Side pull et bitless

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Mon Martial en bitless, également positionnable en side pull

Ce sont 2 enasures facilement utilisables lorsque l’on est tenté par la monte sans mors. En effet, leur action rejoint celle d’un mors, et l’équitation du cavalier est sensiblement la même que dans la monte avec mors. Son éducation est rapide ! Le side pull permet un contact symétrique sur le chanfrein, tandis que le bitless, par l’action des rênes croisées, permet le contact sur toute la tête. Quand on agit sur la rêne droite, c’est le côté gauche qui se tend et pousse la tête du cheval. Certaines marques offrent des side pull 2 en un, permettant de passer de l’un à l’autre.


Le licol éthologique

Concernant ce licol, ce n’est pas pour moi un outil à utiliser sur un coup de tête, parce qu’on veut enlever le mors ! Mieux vaut à mon sens un mors bien utilisé qu’un licol éthologique mal utilisé. Règle de base : ce n’est pas un outil d’attache. Il est constitué de

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Licol éthologique

nœuds qui sont autant de points de pression sur la tête du cheval. Le cavalier doit donc avoir en tête la conception du licol, mais également la conséquence de ses actions de main afin de l’utiliser à bon escient. La réussite provient de l’application de la règle confort/inconfort : le cavalier doit céder lorsque le cheval répond favorablement. Dans notre équitation traditionnelle, nous ne sommes pas forcément éduqués à cela, puisque recherchant un contact certes doux et léger, mais permanent. A utiliser avec rigueur, et favoriser le side pull pour découvrir le sans mors.


 

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On peut aussi tout enlever si on veut… 

 

Le Saint Graal du mors : partie 1/2

La quête du mors, St Graal du cavalier. Quel mors ? Pour quel cheval ? A quel moment de sa vie ? Que ceux qui ne veulent pas entendre parler du mors me pardonnent : mais il faut se rendre à l’évidence, beaucoup de chevaux et de cavaliers passent (et restent) au cours de leur vie par du travail embouché. Quitte à constater, autant donner les bons codes, les bons repères, pour que les cavaliers s’orientent en connaissance de cause, et pas sous le joug d’une mode quelconque, et en aucun cas avec l’excuse de l’ignorance.

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Baltus de Lubel en Baucher

Cet article est bien sûr non exhaustif, et se base sur des témoignages de cavaliers de trotteurs ; il dresse néanmoins un panorama relativement complet des embouchures de base, ou courantes. Que les sans mors se rassurent : on en parlera aussi !

Mais avant tout, petit rappel. Le mors n’est rien sans la main du cavalier. Une main dure ou inexpérimentée rend un mors simple agressif et insupportable. Une main douce et expérimentée permet l’utilisation de mors plus sévères à leur juste valeur, sans créer de stress physique au cheval. Que l’on n’oublie pas les vieux proverbes : « les éperons sont des lames de rasoir dans les mains d’un singe » … Que l’on peut aisément transposer au monde des embouchures !Le bon mors dépend aussi de la connaissance que vous avez de votre équitation, de

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Toujours Baltus de Lubel, en mors à aiguilles.

la qualité de votre contact … et de vos défauts. On s’oriente en pensant cheval certes, mais aussi en réfléchissant à ce qu’on est capable de faire avec un outil dans les mains. Personnellement, vous me mettez sur un poste à souder, je serai bien emm***** … Trouver son mors, c’est de nombreux essais, mais c’est surtout ne pas hésiter à faire évoluer l’embouchure au fur et à mesure du dressage du cheval.

Ayez néanmoins en tête cette ligne de conduite : essayez toujours avec le mors le plus simple, le plus doux, pour ne le durcir qu’en cas de problème qui devient récurrent. Une

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Baltus de Lubel, encore, en mors à olives.

ou deux mauvaises séances ne doivent pas forcément impliquer de changer son mors ! Et même si vous utilisez des mors plus durs, essayez toujours, à la maison, régulièrement, de travailler simplement, pour que l’embouchure sévère, comme l’enrênement, ne soit qu’une aide ponctuelle. Un mors dur ne dressera pas le cheval, mais il peut contribuer à l’éduquer. Il n’y a cependant que le dressage qui résolve tous les problèmes.

En selle donc, avec un contact aussi doux que si vous teniez un enfant par la main…Le mors seul ne vous donnera pas une équitation juste.


La taille du canon

Choisir la taille du canon permet de jouer sur l’action du mors, au sein d’un même type de mors. Il est d’usage de dire qu’un gros canon est plus doux qu’un canon fin. Tout est une question de mesure : un gros canon pour un cheval avec une fine bouche sera plus néfaste pour lui qu’un mors plus fin, plus adapté. Regardez, comparez, écoutez votre cheval. Il n’y a pas de notice …


Simple ou double brisure ?

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Mors double brisure

Le choix est cornélien ; le double brisure est à la mode. Concrètement, si on se base sur des données physiques, le double brisure s’adapte mieux à la morphologie de la bouche du cheval et respecte le palais. En effet, il est complément symétrique ! Au contraire, le simple brisure, puisqu’il ne connaît qu’une pliure, a un côté légèrement plus long que l’autre. La conséquence ? S’il est toujours dans le même sens dans la bouche du cheval, celle-ci finit par devenir dissymétrique. Il faut donc veiller à retourner régulièrement pour redonner de la symétrie à la bouche. Egalement, le simple brisure, lorsqu’il y a tension sur les rênes, a tendance à se pointer dans le palais, sensation désagréable. Mais, cavaliers utilisant des simples brisures, cela ne fait pas de vous des tortionnaires : tout dépend de votre main !


Les matériaux des mors

Les mors sont principalement en fer, en acier ou en maillechort (très bon pour la salivation). Mais certains autres matériaux sont utilisés :

– le cuivre, que je ne préconise pas, puisque c’est un métal mou qui se déforme vite et qui

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Mors à olives en cuivre

peut devenir blessant

– le caoutchouc : réputé plus doux pour la bouche, il doit être parfaitement entretenu, afin que il ne soit pas désagréable et que le cheval n’ingère pas de caoutchouc

– le cuir : le contact est particulièrement doux et ils sont plus solides que les mors en caoutchouc ; entre les deux, c’est ceux là qu’il faut privilégier, mais le coût est plus élévé

– la résine : c’est un intermédiaire entre acier et caoutchouc ; il faut veiller à son entretien mais elle peut être limée lorsqu’elle devient coupante

– le cyprium : c’est un alliage avec 86 % de cuivre, 8 % d’aluminium et 3 % de fer. Il favorise la décontraction.

– l’aurigan : nouvellement à la mode, il facilite la salivation.

Privilégier des mors avec une bonne qualité de matériau, même avec des basiques comme le fer, afin qu’il n’y ait pas de toxine qui soient avalées en même temps que la salive, venant s’accumuler dans les reins et finissant par affecter la santé du cheval.


L’abécédaire des mors peut maintenant commencer sur ses bonnes bases ! Je vous renvoie également à l’article sur la bouche du cheval afin de se rappeler précisément où se pose le mors et comment il agit : par ici.

Le mors droit

mors-droit-caoutchouc-flexiIl permet un contact symétrique et c’est pourquoi il est souvent utilisé au moment du débourrage. Il donne confiance dans la main et favorise la tension et la prise de contact avec le mors. Il manque rapidement de souplesse et de décontraction pour commencer un travail plus fin.

A l’origine, il servait à emmener les chevaux à l’abreuvoir et empêchait qu’ils ne boivent trop vite.

Les mors simples, à anneaux libres

Les variantes de ces mors résident dans la forme des canons. Un gros canon favorise le mors-2-anneaux-cyprium-feelingcontact et l’appui franc. Un canon fin permet de mieux encadrer un cheval qui tire. Le fait d’avoir des anneaux libres a une propriété plus décontractante et évite que les chevaux se figent et « prennent » un côté du mors. C’est le premier mors à utiliser et c’est vers celui-ci qu’il faudrait idéalement tendre !

Le mors à olives, dit Chantilly à olives

mors-olive-canons-fins-feelingIdéal pour les jeunes chevaux, il favorise le contact avec la main. L’action directe permet la tension de la ligne du dessus et le soutien de l’avant main ainsi que l’angle tête encolure. Les olives encadrent plus le mors, ce qui en fait un bon mors pour le travail en longe. Des variantes avec des olives très grandes existent. C’est aussi un bon premier mors, tant pour le cheval que pour le cavalier !

Le filet à aiguilles, appelé aussi filet à barrettes

Le contact est le même qu’avec le chantilly à olives. L’effet particulier réside dans la mors-aiguilles-a-olives-inox-satin-feelinggrande surface de contact des aiguilles avec les joues du cheval, ce qui encadre l’action de tourner. Pour l’apprentissage des jeunes chevaux et la longe il est idéal. Quand on agit avec une rêne d’ouverture droite par exemple, c’est le côté gauche qui va venir et qui va pousser la tête.

Le Verdun

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Mors Verdun, marque Sprenger en aurigan

Ce mors permet d’avoir l’appui tout en contrôlant des chevaux qui tirent : il convient aux chevaux qui ont besoin de s’étirer tout en étant contrôlés (très utilisé en courses). Il permet aussi un certain encadrement latéral, mais peut manquer de précision et de stabilité dans la bouche.

Le mors 4 anneaux, dit filet scourrier (on n’en sait jamais trop !)

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Il permet un contact plus franc et est plus stable en bouche qu’un mors de filet simple àanneaux libres (l’effet de pointe dans le palais est amoindri). Il encadre mieux tout en étant décontractant et permet lui aussi la tension de la ligne du dessus. Il peut devenir très dur si la main se contracte.

Le Golden Wings 4 en 1

pdtimg_2887561bLes mors Golden Wings combinent les avantages des filets 2 anneaux et des filets à olives latérales. Les disques latéraux offrent une sécurité maximale au cheval, avec une action directive douce. Le cheval prend plus volontiers contact avec la main, notamment avec la rêne extérieure. 4 attaches de rênes différentes sont possibles.

 


Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de l’article : mors à actions plus complexes, mors à gourmettes … et sans mors !

 

 

Sauter au trot

Pour varier les articles, mais aussi le travail de base de votre cheval, nous allons aujourd’hui nous pencher sur l’épineuse question du travail à l’obstacle avec un trotteur. Evidemment, dans la logique des précédents articles, nous réfléchissons comme si Trottinette était au début de son travail de reconversion. Cependant, les exercices et la façon de travailler à l’obstacle tels que nous le présentons aujourd’hui peut être intéressant à intégrer dans le travail même d’un trotteur plus évolué, voire sortant déjà un peu en compétition de C.SO.


Sauter au trot … Pourquoi ?

L’action de sauter, souvent associée au galop, met parfois en péril la bonne évolution du travail d’un trotteur, car l’exercice implique plus de « vitesse », les bouscule dans leur équilibre et leurs habitudes (quand ce n’est pas une totale découverte) et par conséquent, sauter devient parfois la porte ouverte à un manque de contrôle, ou en tout cas à une baisse de l’écoute de Trottinette.

Ce n’est pas le but recherché, et sauter au galop complique encore plus le fait de sauter, car il faut en plus penser à l’équilibre, souvent horizontalisé au galop, et à la vitesse, qui a tendance, notamment en début de travail, à être le remède au manque d’équilibre. C’est toujours la comparaison avec un vélo : plus il va vite, plus il va droit. Au contraire, plus il ralentit, plus il peut zigzaguer à droite à gauche. D’où le fait que le trotteur accélère son galop pour compenser l’absence d’équilibre.

Sauter au trot, dans ces conditions, permet donc déjà d’éliminer le facteur

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Mon Martial, trotteur tri-place, que je sautais beaucoup au trot pour préserver son physique et le garder disponible.

« précipitation », ou en tout cas, permettre le travail à une allure plus contrôlable facilement par le cavalier, et dans laquelle le trotteur est tout à fait à l’aise. Le cavalier apprend ainsi dès le début du travail que sauter n’est pas synonyme de charge !

Sauter au trot est donc un exercice qui permet le calme. Or, dans tout travail d’un cheval réformé, on souhaite que les demandes se fassent dans le calme, et qu’à chaque foulée, le cavalier soit maître des quatre pieds de son cheval.

En outre, cela permet de commencer à sauter pour des chevaux pour qui le galop serait en cours d’acquisition. Le travail sur l’équilibre commence donc, en variant du travail sur le plat. Sans compter que sauter au trot favorise le départ au galop à la réception, dans un départ de qualité, par prise d’équilibre, sans avoir à précipiter ou à pousser dans les aides.

313966_4140334669332_49076520_nMais sauter au trot a d’autres avantages, plus larges. Comme nous l’avons dit, l’exercice est demandé dans l’allure de prédilection de Trottinette ; ce qui, en plus des préoccupations d’équilibre et de gestion de son corps, respecte le trotteur physiquement, notamment pour les plus longs d’entre eux. En effet, pour ces trotteurs bi-places voire tri-places, le galop est source de « traumatisme » car en contradiction avec leur physique ; cela est moindre pour les trotteurs plus courts, au modèle se rapprochant des chevaux de sport. Dans ce cadre, sauter au trot permet d’échauffer ces chevaux sur les premiers sauts, sans les mettre immédiatement dans la contrainte et la difficulté (même pour les trotteurs sachant galoper, quand ils sont longs, cela les aide à finaliser l’échauffement).

Enfin, et ceci est également vrai pour toutes les races de chevaux, sauter au trot permet de travailler le style, par le geste des antérieurs, et gymnastique le cheval, en lui laissant le temps d’arrondir son dos et de se servir de son encolure durant le saut.


Soit, sautons. Mais quels types de dispositifs ?

Pour sauter au trot, cela peut se faire sur les premiers obstacles de la détente, croix et vertical, et ce sans forcément de dispositifs précis. Juste en recherchant un abord calme, dans le respect de l’allure jusqu’à la battue d’appel, et en laissant galoper si à la réception le galop est correct (sinon, retour au trot et on recommence).

Mais sauter au trot peut aussi faire l’objet d’exercices plus construits.

Le premier d’entre eux fait appel à des barres de réglage.

Dispositif :

  • 3 ou 4 barres au sol espacées d’1,30 m à 1,50 m selon l’amplitude de la foulée (l’idée est au début, de favoriser le trot naturel du cheval, dans une cadence de travail)
  • suivies d’un vertical à 2 mètres de la dernière barre au sol.

Cet exercice favorise le calme, la cadence, le respect de l’allure et de la vitesse dans la zone d’abord. Il permet d’assouplir les chevaux raides ou manquant de style et peut ensuite s’intégrer en tant que dispositif de détente lors d’une séance d’obstacle plus poussée. Jackpot pour les trotteurs donc !

Il ne faut pas hésiter à aborder le dispositif sur une courbe si le cheval a tendance malgré   320487_4140330229221_465240173_ntout à charger. Changer de main à chaque réception permet de garder la concentration du cheval et de conserver sa disponibilité. Il peut aussi se construire avec un oxer, et la distance entre les barres au sol et l’obstacle peut varier jusqu’à 2,50 mètres pour avoir un saut plus ou moins rond.

Autre dispositif, celui d’un obstacle qu’on saute en étant sur un huit de chiffres.

Là encore, l’exercice favorise la soumission (et l’attention), le calme, tout en gymnastiquant.

Dispositif : un vertical (maximum un mètre, au delà, pas d’intérêt dans l’exercice) … et c’est tout ! Quelques balises peuvent être utilisées pour visualiser le tracé et avoir un huit régulier, gage de réussite pour l’exercice.

Ici, le cavalier se concentre sur le 8 et le tracé, l’obstacle devient l’affaire du cheval, qui doit se prendre en charge. Cadence et calme sont au menu, et selon le niveau de dressage du cheval, il est souhaitable que celui-ci soit incurvé sur les cercles. Le contact doit être constant et léger.

Si le cheval prend le galop à la réception, l’idée n’est pas de compliquer l’exercice et de le faire au galop ! Mais de laisser galoper le cheval quelques foulées, dans un galop naturellement plus équilibré grâce au saut, puis de repasser au trot avant que l’allure ne se dégrade et de continuer l’exercice au trot. L’objectif est de pouvoir enchaîner les sauts en dessinant le 8, comme s’il n’y avait pas d’obstacle.

Pour se concentrer sur l’incurvation, on peut aussi sauter sur un cercle en restant quelques cercles à la même main, mais on perd alors la disponibilité de l’exercice.

378244_4327390065600_358709032_nVoilà pour des bases de travail au trot ; par la suite, sauter au trot et savoir aborder au trot permet de travailler sur des lignes, cavalettis ou non, qui permettent de caler le cheval dans son allure et dans son équilibre. Mais cela demande un travail déjà un peu abouti et surtout un calme dans l’abord.

En espérant que ces quelques idées vous en donnent d’autres,

Trotteusement,

L’incurvation

Il est bon de temps en temps de reprendre les bases. L’incurvation est un des fondamentaux du travail du cheval, une fois les bases posées (travail longitudinal sur les allures).

Pour nous autres, cavaliers de trotteurs, l’incurvation est également essentielle (incontournable, indispensable, élémentaire, et j’en passe et des meilleurs !). Le maître Nuno Oliveira le disait déjà : « si le cheval n’exécute pas des cercles rigoureusement parfaits et égaux des deux côtés, il ne peut pas travailler correctement le reste ».

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Le plus grand maître de l’art équestre du XXème siècle, Nuno Oliveira.

Vaste programme, qui ne révolutionne pas l’équitation mais qui peut néanmoins faire office de St Graal équestre. Tel le musicien qui répète inlassablement ses gammes, chaque jour, le cavalier incurve, voire contre-incurve.


Mais qu’est-ce que cette incurvation ? 

Le cheval ajuste le ploiement de son rachis au tracé du cercle qu’il exécute. Il se plie donc de la nuque jusqu’à la queue, et non simplement de la nuque jusqu’au garrot comme beaucoup le pensent. Dans une incurvation correcte, c’est donc tout le corps du cheval qui travaille.

Le corps du cheval devient donc malléable à la figure exécutée, et ce faisant, il va engager son postérieur interne sous la masse. La conséquence ? Il va se muscler,  s’assouplir et devenir réceptif aux aides du cavalier. Un cheval incurvé accepte en effet

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On avait pourtant dit de pas tirer sur la rêne intérieure …

les aides, et y répond sans s’y soustraire, gage de collaboration pour les exercices ultérieurs plus complexes.

Attention, travailler l’incurvation demande beaucoup de rigueur pour équilibrer les demandes aux deux mains. En effet, un cheval incurvé à droite par exemple va étirer ses muscles à gauche et contracter les muscles droits. Il faut donc veiller à une gymnastique égale.


Pourquoi est-ce si dur ?

La difficulté réside dans l’anatomie du cheval. En effet, la cage thoracique du cheval est rigide, contrairement à l’avant-main (nuque et encolure) et aux reins. Lorsqu’un cheval n’est pas musclé, ou bien jeune et débutant dans le travail (ou bien ayant une gêne physique, mais je pars du principe que tous les chevaux au travail sont aptes à réaliser dans de bonnes conditions les demandes du cavalier !), il a tendance à trop incurver son encolure au détriment du reste de son corps (fuite de l’épaule extérieure), ou au contraire à échapper aux aides, en mettant sa croupe à l’intérieur du cercle.

Un refus d’incurvation est souvent lié à un manque d’équilibre ou de souplesse du cheval (ou bien les deux, mon capitaine !).


Quelles aides pour y parvenir ?

Attention roulement de tambours, pour incurver … on parle … des aides d’incurvation ! Une fois ces aides assimilées par le cavalier, il lui deviendra facile de passer à des exercices plus complexes. En effet, les aides de l’incurvation sont, à peu de choses près, les mêmes que celles utilisées dans tous les autres mouvements, tels que les épaules en dedans, les cessions, les têtes au mur … L’incurvation est donc aussi le premier exercice pour éduquer correctement le cavalier ! 

Les aides sont au nombre de quatre, qui s’associent de manière coordonnées mais indépendantes (c’est ici que commence le tact équestre …) :

  • la rêne intérieure, appelée rêne d’ouverture, indique la direction au bout du nez du cheval. Elle ne tire pas, mais attire. Par une rotation du poignet, le cavalier ouvre la rêne et demande au cheval de plier son bout de devant. Elle s’écarte donc un peu de l’encolure, puis revient vers le garrot, sans jamais passer de l’autre côté de l’encolure !
  • En même temps, la jambe intérieure, dite d’incurvation, agit à la sangle par des pressions discontinues du mollet ; le
    incurvation

    Merci M. Fouganza de faire des super schémas pour bien tout comprendre !

    cavalier doit avoir la sensation que le cheval se plie autour de sa botte.

Les aides extérieures vont aider à contrôler le mouvement :

  • la rêne extérieure, dite régulatrice, agit comme un mur que le cheval n’aurait pas le droit de franchir. Tendue, elle permet de limiter l’échappement de l’épaule extérieure. Elle se rallonge légèrement (en gardant la tension) afin de permettre au cheval détirer ce côté externe.
  • Enfin, la jambe extérieure, dite de position, recule légèrement et fait office de rempart pour éviter que les hanches ne dérapent du cercle.

Tout cela avec un cavalier équilibré, qui ne met pas plus d’un poids d’un côté que de l’autre (le défaut étant souvent de peser plus sur le côté extérieur).


Une incurvation qui ne tourne pas rond

Les cavaliers rencontrent souvent les mêmes problèmes sur l’exercice. La solution peut paraitre simple, mais il s’agit souvent d’un mauvais dosage des aides. Dans ce cas, il faut reprendre l’exercice en se remémorant chacun des points et en analysant d’où vient le défaut d’exécution. L’important est toujours la manière de demander. 

  • Le cheval qui a trop de pli : pour une incurvation correcte, on considère qu’il faut voir le coin de l’oeil du cheval ; au delà, il s’agit d’une flexion. Pour y remédier, il faut doser la rêne d’ouverture et surtout refermer la rêne extérieure pour contrôler l’épaule extérieure qui fuit le cercle.
  • Le cheval qui chasse les hanches en dehors du cercle : la solution réside dans la jambe de position pour remettre en ligne les épaules et les hanches.
  • Le cheval qui se couche : plus de respect de la jambe d’incurvation.

Progression dans le travail : que faire avec ma Trottinette qui ne connait que la ligne droite (et sa colonne vertébrale aussi!) ?

Toujours selon Nuno Oliveira, l’incurvation fait partie d’une même famille d’exercices, qui commence par le passage des coins, se poursuit par les cercles et se termine par les épaules en dedans.

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Et on a dit pas couché sur le cercle non plus … 

Ainsi, avec un jeune, on peut commencer à poser les aides de l’incurvation en s’aidant des coins. Les demandes sont plus courtes, et matérialisées, ce qui aide le cheval à comprendre où l’on veut en venir.

Ensuite vient le travail sur le cercle, qui évolue une fois l’incurvation acquise par la variation des diamètres des cercles, voire par la variation du diamètre du même cercle. Huit de chiffres, changements de main et serpentines complètent le programme !

Enfin, l’incurvation prend tout son sens avec l’épaule en dedans, mouvement roi du dressage. S’il ne fallait ne faire qu’un exercice à tout cheval, ce serait celui là, mais ceci est une autre histoire …

En guise de conclusion, je citerai le site Cheval Haute Ecole« un cheval harmonieusement incurvé … est déjà un cheval dressé ! »


Sources :

Nuno Oliveira, Oeuvres Complètes (Edition Belin)

Site Internet Cheval Haute Ecole 

Blog Fouganza pour le schéma

En avant, calme et droit … Certes, mais si nous allions de côté ?

Alexis L’Hotte a tout dit lorsqu’il a énoncé ces trois mots, fondations de toute équitation, quelles qu’en soient les disciplines.

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Le Général Alexis L’Hotte

Aujourd’hui j’ai envie de creuser avec vous un impérissable et fondamental exercice, que sont les déplacements latéraux. Nous allons donc en avant … et de côté.

Les déplacements latéraux sont multiples, chacun ayant ses spécificités et ponctuant la progression du cheval de selle, du jeune cheval au killer des carrés de dressage.

Vaste menu en effet, partant des chassements de hanches ou d’épaules pour arriver aux appuyers, têtes aux murs, épaule en dedans, contre épaule en dedans, en passant par les simples cessions à la jambe.

Notre jeune trotteur tout frais sorti de sa piste d’hippodrome est fondamentalement longitudinal, et nous pouvons même nous extasier sur « oh mais qu’est-ce qu’il est bien assoupli de la tête à la queue, ce petit cheval ».

Certes. Mais quand on commence à vouloir lui demander de mobiliser une partie de son corps en particulier (et notamment de dissocier les hanches et les épaules), Trottinette ne comprend plus, et se retrouve queue par dessus tête.

Pourtant, une fois les règles de base acquises, les trois allures, le respect de la main, les codes de transition et même quelques foulées correctes aux trois allures, à moins de vouloir se contenter de promenades et de lignes droites dans la carrière, il devient indispensable d’apprendre à son trotteur à marcher comme un crabe, et de faire des jolis mélanges avec ses papattes.

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Trottinette aux JEM ? Faut pas rêver quand même, Isabelle Werth a d’autres montures …

Beaucoup plus facile à dire qu’à faire, mais laissez moi vous en expliquer le bénéfice. Attention, paragraphes qui donnent un sacré mal de crâne.

Lors des déplacements latéraux, au niveau des postérieurs, deux grands groupes musculaires travaillent. Les fessiers et le biceps fémoral permettent l’abduction (le fait d’écarter le membre par rapport au corps) et les muscles de la face interne permettent l’adduction (le fait de rapprocher le membre par rapport au corps).

Ces deux grands groupes musculaires qui travaillent sont également ceux sollicités lors de la battue d’appel à l’obstacle (et oui, votre cheval commence à sauter lorsqu’il n’y a pas de barre !), mais aussi ceux qui servent à l’engagement du postérieur.

En effet, dans le mouvement de protraction du postérieur (lorsque le postérieur vient sous la masse), les muscles agonistes sollicités sont situés le long de l’avant du fémur, et les muscles antagonistes (qui s’étirent et s’allongent afin d’assurer stabilité et fluidité) sont essentiellement les fessiers et le groupe des fémoraux caudaux.

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Pour mémoire, même si je suis sûre que vous connaissez ce schéma par coeur.

Stimulés par les déplacements latéraux, ces groupes musculaires sont donc beaucoup plus disponibles pour fournir un engagement facile et fluide. D’autant plus que, nous l’avions vu dans les articles précédents, Trottinette n’a pas trop pour habitude d’engager …

L’augmentation de l’engagement des postérieurs permettra de solliciter la chaine musculaire des fléchisseurs (lors de la protraction), ce qui, par une réaction en chaine, sollicitera les muscles abdominaux, et par effet de levier, le dos remontera et l’augmentation des postérieurs sera encore plus aisée … Ainsi soit-il dans un beau cercle vertueux. C’est bon vous pouvez aller chercher le Doliprane, j’ai fini avec les mots savants.

De quelques pas de marche en crabe, Trottinette va gagner en locomotion et apprendre à utiliser correctement ses postérieurs, tout en musclant la ceinture abdominale et le dos. L’exercice sera aussi le prémisce d’une école des aides plus fines, avec l’utilisation des jambes de position et des jambes isolées.

Trottinette va aussi apprendre par lui même, et donc dans la douceur, qu’il peut utiliser de façon plus indépendante l’ensemble de son corps.

De plus, vous allez enrichir votre gamme d’exercices, et Trottinette se prendra plus facilement au jeu de la réflexion, l’incitant à ne pas s’ennuyer dans le bac à sable qui lui est désormais attribué.

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Tout petit et il a déjà tout compris !

Pour notre trotteur, et n’en déplaise à L’Hotte, En avant, calme et de côté* me parait donc approprié !

*il s’agit ici bien évidemment d’un détournement de la citation pour aller dans le sens de l’article, mais il est évident que nous connaissons la véritable signification de droit, que je vous laisse ici pour mémoire : il s’agit du déplacement du cheval en toute rectitude … et que même de côté, la rectitude est une chose indispensable. 


Trotteusement,

Chargez ! Ou comment éviter de se prendre pour la cavalerie

Il s’agit du problème du contrôle des allures, seul ou en groupe, et du fait que les trotteurs peuvent « embarquer », au trot ou plus souvent au galop.

Je le dis tout de suite : je n’ai jamais vécu ce genre de situations, et je ne dispose donc pas de solution « clé en main » à vous apporter, ni de remède miracle.
Mais face à plusieurs demandes similaires, je me suis dit que c’était un sujet important, et qu’il méritait réflexion.

C’est donc le résultat de ces réflexions que je vais vous proposer, et là encore, je vous invite à participer, donner votre avis, vos tentatives, vos réussites … pour alimenter le débat et peut être aider un autre cavalier trottisant !

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D’où vient le fait que les chevaux embarquent ? Qu’est ce que finalement de se faire embarquer ?

Pour un cheval évoluant en groupe, embarquer son cavalier peut venir d’un sentiment de joie, pour faire la course avec les autres, le cavalier perdant alors le contrôle de l’allure et de la direction.

Mais un cheval seul, et c’était souvent dans ce cas que vous cherchiez des conseils, peut aussi embarquer.

Quelle en est la raison ?

Pour ma part, j’opterai pour un manque de dressage au niveau des allures. Le trotteur, manquant de repères à des allures rapides, trouve dans la vitesse un moyen d’équilibre plus facile à trouver : un vélo qui va vite est plus stable que celui va lentement !

Au trot, cela peut être une déformation ou un réflexe lié aux entraînements, qui ressort lorsque le cheval se retrouve dans des grands espaces.
Au galop, je pense que cela rejoint l’idée préalablement citée : il est plus commode d’aller vite que doucement.

Cependant, la conclusion est la même pour le cavalier : il n’est plus maître de sa monture, et cela peut être très dangereux.

Comment régler ce problème ?

Le cheval (n’importe quel cheval), est un animal qui vit d’apprentissages et surtout d’habitudes. Il aime à se conforter dans des règles, qui le mettent dans une position confortable (exemple : je marche droit sur un chemin, sans brouter, mon cavalier pose les rênes longues. J’essaye de brouter, le contact revient).

Pourquoi, avec ce simple principe, ne pas essayer de régler ce souci de vitesse exagérée en instaurant des codes, et des règles avec le cheval ?

Pour moi, la notion essentielle à inculquer au trotteur est le respect de la cadence, liée à la régularité de l’allure.

Ce travail se fait donc préalablement en carrière, afin de disposer d’un cadre plus sécuritaire, qui va limiter les embardées de Trottinette !

Rappelons ce qu’est la notion de cadence : il s’agit du rythme d’une allure, et de la régularité du poser de chaque membre.

Un cheval cadencé s’équilibre, rebondit, engage et devient perméable aux aides de son cavalier.

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Si le cheval apprend que chaque allure doit être cadencée, équilibrée, quitte à travailler sur un rythme plutôt lent, il aura tendance à reproduire ce schéma en extérieur.

Le travail peut se faire essentiellement au trot, puis progressivement au galop en carrière.
Ensuite, en extérieur, il faut vouloir oublier le galop dans un premier temps, pour retrouver un trot identique à celui obtenu en carrière, sans débordement.

Ainsi faisant, le cheval comprendra que les mêmes règles s’imposent, et restera à l’écoute. Bien entendu, souvent un trotteur galopant en ballade aura un rythme plus rapide (moins de repère pour s’équilibrer), mais l’objectif est qu’il reste à l’écoute et attentif aux aides du cavalier.

Quelques exercices permettent d’obtenir la régularité de la cadence :

travail sur des barres au sol, en ligne droite, au pas et au trot, qui vont permettre l’équilibre longitudinal puis une sensation pour le cavalier qu’il cherchera à reproduire même lorsque les barres au sol sont enlevées
travail sur des barres au sol en cercle, et s’amuser à chercher le même nombre de posers des pieds entre chaque barre (plus facile à compter au galop évidemment, mais trop dur pour nos trotteurs dans un premier temps !). On peut aussi penser à varier le diamètre et à rechercher la cadence sur un cercle plus grand ou plus petit.
– de manière plus générale, aider le cheval à décomposer les mouvements qu’il doit réaliser, et cela peut passer par un début de travail sur plusieurs pistes : demander au cheval de sortir les hanches de la piste, de marcher lentement quelques foulées ainsi, puis de remettre les épaules devant les hanches. On peut aussi complexifier, en sortant les épaules, ou en jouant sur le pli : l’idée est que le cheval prenne son temps pour poser ses pieds, habitude qu’il conservera par la suite, et qui va aider dans les respect d’une cadence mesurée.

En selle, et trotteusement,

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Au galop … Mais où sont les boutons ?

Il est temps maintenant de concrétiser un peu les différents éléments que l’on a pu mettre en place.

Il est en effet bien beau de théoriser sur le galop et la difficulté des trotteurs à apprendre cette allure, mais finalement, je ne vous ai pas appris grand chose de nouveau !

La réflexion que je vais avoir maintenant est purement personnelle, et je ne souhaite pas du tout l’imposer comme la seule « méthode » pour travailler un trotteur, mais c’est ce qui me semble le plus indiqué suite à mes différentes expériences.

Nous partons tous du constat que oui, le galop, et son apprentissage, restent difficiles.
Source de stress, à la fois psychologique, car associé à un interdit, source de stress, car une fois appris, les trotteurs « chauffent » (plaisir de galoper ? peur de la réprimande ?), et source de stress physique, car qui demande un fonctionnement anatomique aux antipodes de ce qui leur a été appris.

Passons rapidement sur l’apprentissage du galop, et partons du fait que Trottinette galope (promis, je reviendrai ultérieurement sur cet apprentissage, avec exercices et analyse).
De deux temps, nous passons théoriquement à trois, nous sommes souriants et victorieux, nous connaissons cette phase de projection qui donne tant de sensations, mais …

Oui, il y a un mais. Ce galop dont nous avons tant rêvé …
– il est le plus souvent fuyant, et tout sauf cadencé
– il est répandu …
– … quand il n’est pas à quatre temps
– il peut être aussi défectueux : désuni (plus rare chez le trotteur) …
– ou pire : apparition de l’aubin (le cheval trotte des antérieurs et galope des postérieurs, nommé aubin du derrière, ou inversement, qui est nommé aubin du devant).

Dans tous les cas, ce n’est pas ce que nous recherchions, et les anti-trotteurs qui sont accoudés au bord de la carrière montrent leurs dents dans un grand sourire faussement sympathique : c’est déjà pas mal … pour un trotteur.

Non, ce n’est pas « pas mal » !

Et si, pour essayer de remédier à ce constat, obtenu pourtant par de la sueur et du travail (et bien de l’imagination de la part du cavalier, il faut le dire), le propriétaire de trotteur acceptait de … ne pas essayer de le faire galoper, du moins pas tout de suite.

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Je m’explique.

Nous avons vu que le galop n’était pas naturel pour nos chevaux, surtout car ils ne savent pas utiliser leur corps, et soumettre leurs forces naturelles, pour obtenir les exigences physiques demandées par l’allure du galop.

Dans ce cas, pourquoi ne pas, tout simplement, et en premier lieu, apprendre au trotteur à se réconcilier avec toutes les parties de son corps … sans lui encombrer la tête et l’esprit avec le galop ? Qui inclut implicitement apprentissage corporel et apprentissage de nouvelles aides, totalement étrangères ?

Personnellement (et je surligne ce mot), j’opterai pour un dressage du trotteur … au trot (et au pas, of course (de trot ahah):

– apprendre à utiliser son dos, à des allures qui ne lui sont pas difficiles
– apprendre à mobiliser son encolure
– apprendre à utiliser ses postérieurs sous la masse … (engagement)
– … ce qui a pour conséquence l’apprentissage du travail latéral
– … et l’apprentissage de l’équilibre sur les postérieurs, qui est aussi inconnu (lié à la fixité de la tête et de l’encolure, dans un équilibre horizontal)

Et une fois ces choses acquises au pas et au trot, nous obtenons un cheval qui connait les aides du cavalier classique, qui est habitué à apprendre de nouvelles choses, sans que cela le stresse, qui est musclé dans son corps de façon à pouvoir supporter les mouvements du galop, et qui a compris comment utiliser certaines parties pour pouvoir gérer son corps autrement.

Le galop deviendrait-il ainsi plus simple, moins monstrueux, tant pour le cavalier que sa monture ?
Plus fluide, moins hors de portée ?

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : le galop ne sera pas pour autant dès le début harmonieux, parfaitement équilibré, ramassé sur les postérieurs et bien décomposé.

Mais le cheval aura des bases de dressage qui lui permettront sans doute d’évoluer plus vite au galop.

Rappelons aussi, au passage, et au risque de vexer des propriétaires de trotteurs : ce ne sont pas des chevaux pour débutants, mais pour cavaliers confirmés, et leur dressage n’est pas un tour de passe-passe (malgré leur gentillesse et leur bonne volonté), mais bien un réel exercice pour des cavaliers qui sont « dans leurs aides », à leur place, et connaisseurs de l’évolution d’un cheval.

Je vous laisse maintenant la parole : avis sur ce qui a été dit, expérience, tout est permis !

Trotteusement,

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