Le gène du trot : mythe ou réalité ?

Quel que soit son passé, si Trottinette est dorénavant en train de sauter des crayons de couleur, ou d’essayer de marche en crabe, une chose est sûre : son destin de cheval de course est derrière lui !

Deux solutions : soit Trottinette a fait sa carrière sur les hippodromes, dont elle est maintenant retraitée, soit elle n’a pas obtenu le fameux sésame des qualifications. En France, en 2016, plus de 11 000 poulains sont nés et ont été inscrits dans le stud-book du Trotteur Français. Moins de 5 000 ont été qualifiés (source : Le Trot). Et ces chiffres ne sont pas exceptionnels : c’est ainsi chaque année. Ainsi, environ seulement 4 000 produits se qualifient par génération, sur un cheptel de près de 12 000 poulains (source : Haras Nationaux).

A part constater après coup que les poulains étaient de bons trotteurs ou non, et en ayant hypothétisé lors du croisement sur les performances et la génétique des parents, il était auparavant difficile d’être sûr de son poulain à 100 %. Tout change aujourd’hui : il apparait que la génomique peut permettre de connaitre précisément la capacité de son cheval à trotter.

Ainsi, un test génétique permet d’identifier la présence d’une mutation génétique qui va déterminer l’aptitude des chevaux à bien contrôler leurs mouvements latéraux. Ce test analyse le gène DMRT3, qui peut se retrouver modifié par le gène variant A. Celui-ci coordonne le mouvement du trot et surtout inhibe le passage au galop. Un cheval portant le gène A a donc du mal à galoper.

3 groupes de chevaux peuvent ainsi être constitués : les AA, les CA et les CC.

Les chevaux AA sont porteurs de la mutation. On ne retrouvera aucun AA parmi les pur-sang ou les chevaux de sport : la mutation ne concerne que les trotteurs. Avec différents degrés ; ainsi, elle concerne 100 % des trotteurs américains (Standarbred) mais seulement 75 % des trotteurs français. Si nous traversons l’Atlantique, nous ne pourrions donc pas espérer récupérer de trotteurs réformés, si on en suit cette logique génétique. Les chevaux AA ont une facilité naturelle à trotter,  semblent plus précoces, et se qualifient également plus vite. Les trotteurs AA réformés, lorsque cela se produit, et si l’on se base sur la génétique, n’ont aucune possibilité d’apprendre le galop. La reconversion devra donc exclure le galop, pour le coup contre-nature pour ces chevaux.

Les chevaux CA connaissant une mutation du gène partielle. Ils sont plus compliqués à faire trotter jeunes, mais auraient une grande marge de progression et ils atteignent leur maturité à 5 ans. Il est intéressant de constater qu’en Scandinavie, les chiffres sont sans appel. Les trotteurs CA n’ont pas leur place sur les hippodromes. En France, l’accès leur est autorisé, dans la mesure où nous considérons que si le gène A est une condition sine qua none à la réussite, d’autres facteurs, génétiques ou liés à l’environnement (santé, élevage, entrainement, etc.) conditionnent le poulain pour qu’il puisse exprimer sa capacité. Les trotteurs CA réformés doivent connaitre un gros travail de reconversion, mais le galop peut leur être appris et ils peuvent évoluer. Néanmoins, la tâche n’est pas si aisée.

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Oh, le beau CC que voilà … 

Enfin, les trotteurs CC font le malheur des éleveurs de TF … puisque les CC n’ont aucune aptitude naturelle au trot, ils doivent être mécanisés et n’ont finalement pas leur place dans le système des courses. Ils ne peuvent pas non plus transmettre l’aptitude en cas de reproduction. Dans nos carrières, un trotteur CC fait en revanche notre bonheur …!

Ce test, qui coûte 300 euros, permet donc d’orienter les croisements entre juments et étalons approuvés TF, afin de supprimer les naissances de CC, et de favoriser celles de AA. S’il est une bonne nouvelle pour les éleveurs, qui vont pouvoir rationaliser les naissances (et je n’exprime pas ici un point de vue personnel, puisque je considère que l’élevage doit avoir sa part de magie, non contrôlée, mais nous ne sommes pas dans un monde de Bisounours), ce test, s’il est utilisé de façon systématique, va donc limiter à long terme les chevaux réformés pour cause d’aptitude au trot … Nos trotteurs français de réforme, des perles rares en voie de disparition ?

Cet article a un but essentiellement pédagogique, afin de comprendre, avec des éléments scientifiques, d’où vient l’aptitude au trot … ou au galop pour certains trotteurs ! Je laisse le soin à chacun de se faire une opinion sur la question du contrôle des naissances, du phénotypage, et de l’analyse économique qui en suit. Là n’est pas ma place !

A titre informatif, voici le tableau qui résume les croisements possibles :

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Source : Equibiogènes

Trotteusement,

Etude du galop : le trotteur est-il un galopeur comme les autres ?

Il paraît utile de se pencher sur la question du galop pour terminer notre rapide étude biomécanique des allures du cheval.

En effet, allure naturelle par excellence, allure de fuite et réflexe équin, le galop est pourtant chose interdite aux trotteurs. D’où notre grand désarroi lorsque Trottinette arrive dans le manège : mais comment fait-on ?

Ces interrogations, lorsque l’on y réfléchit, pousse à nous demander si le galop est, par nature, une allure éloignée de la morphologie du trotteur, ou si c’est l’entrainement qu’ils suivent dès leur plus jeune âge, qui pousse les trotteurs dans un retranchement, loin de l’inné locomoteur ?

Au galop, les parties du corps qui sont le plus sollicitées sont les postérieurs, qui viennent s’engager, l’axe de la colonne thoraco-lombaire, qui s’étend et se raccourcit selon les phases du galop (à l’image d’un ressort), l’encolure, sous le poids du balancier.

On le voit ici sur le schéma (bien connu des cavaliers !), l’encolure est plus ou moins basse, et le dos plus ou moins long (court sur la phase de propulsion, où le diagonal est en appui, et plus long sur la dernière phase avant la projection) :

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Les membres postérieurs ont un rôle essentiel puisqu’ils sont les éléments propulseurs. Ils agissent simultanément avec l’extension thoraco-lombaire (phénomène du dos qui « s’allonge »), et à l’inverse, ils viennent s’engager sous la masse (protraction, intervenant lors du poser du diagonal) en même temps que la flexion thoraco-lombaire (dos qui se « raccourcit »).
C’est ce dernier constat qui nous intéresse particulièrement, puisque nous avons dit dans l’article étudiant la biomécanique au trot que les trotteurs, par l’entraînement, sont plus facilement dans la propulsion des postérieurs que vers leur protraction (engagement vers l’avant).
C’est donc cette partie du galop qui est compliqué pour nos trotteurs (il s’agit ici de mon cheval qui est pourtant arrivé à une qualité  de galop satisfaisante .. et pourtant, on a l’impression que son postérieur gauche, au lieu de s’avancer sous la masse, reste « happé » vers l’arrière, poussant plus qu’il ne soutient) :
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Alors qu’on aimerait tendre vers ceci (on voit que le postérieur gauche cherche à se rapprocher du centre de gravité situé sous la masse) :
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Le même cheval, avec (encore) plus de boulot. Rajoutez-moi un chapeau s’il vous plait, BOMBE OBLIGATOIRE #promisjenelefaisplus

Est-ce ce point qui complique considérablement l’apprentissage du galop pour les trotteurs ayant connu les courses ?
Biomécaniquement, l’explication se tient, surtout quand on sait qu’un trotteur n’utilise pas véritablement son dos, et est relativement rigide, et peu habitué à ce mouvement de flexion-extension (tendance à garder la tête au même niveau, surtout dans les premiers galops).
Dans ce cas, le trotteur est un cheval comme les autres … jusqu’à que ce qu’il foule les pistes, pour son métier premier.
Evidemment, il ne faut pas omettre non plus le travail de sélection génétique, qui conduit les poulains trotteurs à être physiquement disponibles pour l’extension des allures au trot.
Avis alors aux propriétaires de trotteurs qui n’ont presque pas été entraînés : qu’en était-il de l’apprentissage du galop ? Cela fut-il naturel, ou tout du moins dénué de complications liées à la locomotion ?
Je suis à votre écoute pour vos témoignages !

En conclusion, Trottinette a du mal à galoper car les habitudes qu’on lui a données sont en contradiction avec l’inné locomoteur du galop. Il faut donc apprendre à Trottinette à utiliser ses pieds dans le bon ordre … et dans le bon sens, tout en ayant comme objectif premier d’enlever tout stress, puisque, comme chacun sait, Trottinette a très bien compris que le galop était interdit … et en conséquent, en cheval bien appliqué, fera tout pour l’éviter.

Trotteusement,

Le trotteur : sa biomécanique … au trot

Pour comprendre de quoi il s’agit, et comment le faire travailler et évoluer dans le bon sens, posons-nous d’abord la question : comment ça fonctionne ?

Petit traité de biomécanique en raccourci, cet article vous aidera à comprendre les bases de l’allure première de votre cheval.

Le but n’est pas de faire le singe savant en énumérant les muscles qui travaillent au trot, cela, tout bon manuel de biomécanique équine vous le dira mieux que moi (et sans faute d’orthographe dans ces mots barbares !), mais de comprendre quelles zones du corps sont sollicitées chez le cheval au trot, et par conséquent très sollicitées (et musclées) chez le cheval de trot.

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Bonjour, le programme du Galop 6 …

Le trot est une allure stable en termes de locomotion, et le principal effet est que le dos reste stable, grâce à l’action du muscle grand dorsal, qui stabilise la colonne thoraco-lombaire en fin de propulsion.
L’action de ce muscle permet aussi l’étirement de la zone combo-sacrale, et donc la propulsion du postérieur, qui est notre finalité.

En parallèle, toujours dans l’arrière-main, ce pont thoraco-lombaire entre en rotation, lors du passage d’un diagonal sur l’autre.

Les muscles qui permettent cette rotation (et la diagonalisation qui va de paire) sont ceux de l’abdomen.

Ils sont aussi fortement sollicités lors de l’appui d’un diagonal, afin d’assurer la protraction (action de tirer en avant) de l’autre diagonale.

Concernant l’encolure, l’ensemble des muscles de l’encolure (splénius, bravo-céphalique et sterno-céphalique) sont actifs à chaque temps de suspension afin de limiter l’abaissement de la tête, et pour participer à la protraction des antérieurs.


Pause résumé après ce passage difficilement digérable !

Quelles zones du corps du cheval entrent en jeu au trot :

– de façon active (pour aider au mouvement) : les muscles de l’abdomen, les muscles de l’encolure, et le muscle sur la croupe (fessier moyen)
– de façon passive (pour limiter un mouvement ou stabiliser) : les muscles situés sur la croupe, les muscles du dos, les muscles de l’encolure.


Quelles conclusions devons nous tirer de ces données objectives ? (Je parle pour un cheval sortant d’entraînement).

Tout d’abord, nous avons des chevaux qui ont un dos qui travaillent perpétuellement, mais de manière figée, sans extension d’encolure (muscles courts).
Ils engagent fortement, avec une sangle abdominale très musclée. Ceci est un atout, contrebalancé par un autre effet : s’ils engagent fort, les trotteurs recherchent la vitesse en « poussant » avec leurs postérieurs.

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Une photo vaut mieux que mille mots.

Et c’est là qu’intervient ce point essentiel à ne pas oublier : le trotteur de course, dont la vitesse est obtenu par le compromis « cadence/amplitude », ne doit cette vitesse qu’au fait qu’on ne respecte pas les allures naturelles du cheval. L’inné locomoteur est écarté pour les exigences des courses.

Je n’entre pas ici dans un début bien ou mal, pour ou contre : c’est un fait, étayé par les ostéopathes et spécialistes, nous ne faisons ici qu’établir une vérité pour savoir comment y remédier, une fois le cheval revenu dans les carrières.

Notre objectif, en tant que cavalier, est donc multiple :

– apprendre à notre trotteur à utiliser son encolure comme un élément faisant partie de sa locomotion (et pas seulement pour participer à la stabilité de la tête)
– apprendre à notre trotteur à engager de manière latérale, afin de muscler le bas de son dos
– apprendre à notre trotteur à limiter la poussée des postérieurs, et en venant engager plus naturellement.
apprendre également tout le travail latéral, qui lui est souvent méconnu … et ce afin de perdre également dans cette rigidité du dos qui lui est propre.

Cependant, le trotteur a aussi ses avantages :
– son dos est musclé, même s’il ne l’utilise pas comme nous le souhaiterions
– il engage (au trot) … et c’est la base de la locomotion !

Le point de détail sur lequel il faut être prudent et minutieux, en tant que cavalier, est bien que nos chevaux n’ont pas pour habitude physique d’engager en se redressant (utilisation du dos, de l’encolure, des postérieurs), mais bien en mettant toute leur force et leur poids sur l’avant-main et les épaules, d’où les problèmes d’équilibre récurrents.

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Qu’est ce que je vous disais ?

Selon la physionomie de chaque trotteur, il faut y aller avec prudence et réserve, car cela peut rester pour certains un objectif lointain : un trotteur sera toujours différent d’un cheval de selle tel qu’on se l’imagine, et il faut beaucoup de travail avant de l’amener sur une Saint Georges. (Edit : la conclusion a été modifiée suite à une discussion avec une cavalière m’ayant présenté une trotteuse sortant à ce niveau en dressage … Comme quoi, ne jamais dire jamais, et ne jamais l’écrire non plus !).

Trotteusement,