L’épaule en dedans

« Cette leçon produit tant de bons effets à la fois, que je la regarde comme la première et la dernière de toutes celles qu’on peut donner au cheval, pour lui faire prendre une entière souplesse et une parfaite dans toutes ses parties. »

dlg11-222x300C’est ainsi que François Robichon de La Guérinière parle de l’épaule en dedans, qu’il a inventée au début du 18ème siècle.

Loin de vouloir l’exécuter pour elle-même, l’écuyer français voyait dans ce mouvement latéral (qui varie entre 2 et 4 pistes selon l’inclinaison demandée, 3 pistes étant le minimum d’inclinaison « utile ») un exercice d’assouplissement général. On peut en effet définir l’épaule en dedans comme un assouplissement d’ensemble, dans lequel on maintient les épaules du cheval sur une piste intérieure à celle suivie par les hanches.

Juchés sur nos Trottinettes, nous ne devons donc pas chercher à obtenir à tout prix l’épaule en dedans qui vaudrait des 8 et des 9 sur les carrés (si tant est qu’elle ait une 200w-2utilité à être travaillée ainsi, mais ceci est un autre débat) : il faut « juste » y voir un moyen de développer la souplesse de son cheval. Ca tombe bien, de la raideur, on en a à gogo… (Je redirige à propos vers cet article de Je Trotte donc Je Suis, qui permet de comprendre le fonctionnement des muscles lors des déplacements latéraux en général, ainsi que les bénéfices pour nos chevaux une fois sortis de leurs sulkys).


Et donc ?

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Voilà, comme ça. Enfin on peut toujours rêver.

Concrètement, lorsque le cheval se déplace en épaule en dedans, il se retrouve légèrement ployé autour de la jambe intérieure, tout en regardant dans la direction contraire au sens de la marche (incurvation dite convexe).

Le but est d’améliorer l’incurvation de la tige vertébrale, et donc de développer la souplesse en donnant de la liberté aux épaules, tout en améliorant l’équilibre par l’engagement du postérieur interne sous la masse.

Tiens donc, comme c’est intéressant pour notre Trottinette, qui :

  • est souvent sur l’avant-main, avec des épaules peu mobiles et par conséquent un poids mal réparti (nos épaules le savent très bien)
  • n’a pas un équilibre tel qu’on le conçoit en équitation classique, puisque très horizontal voire descendant (ce qui est peu pratique lorsque l’on envisage de sauter des crayons de couleur sans les faire tomber, puisqu’on lui demande de reporter du poids sur l’arrière-main et d’articuler ses épaules).
  • a souvent beaucoup de force dû à sa race et sa conformation, et l’incurvation par la mobilisation du bout de devant et la cession de la mâchoire aide à vaincre ce rapport de force pour aller vers l’idée de légèreté (notez la prudence qui est la mienne, je sais que c’est un St Graal pour nous autres cavaliers de trotteurs !).

Et comment je fais ?

Pour réussir l’exercice, il faut déjà que les aides de l’incurvation soient comprises et que l’incurvation en elle-même soit facile pour le cheval. A ce sujet (dis donc, comme il est bien ce site), je vous renvoie à l’article sur l’incurvation).

L’idéal est de d’abord de demander l’incurvation sur un cercle de 10 mètres, afin que

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Voilà, pour l’incurvation, on est pas (trop) mal. Mais on a dit qu’on regardait pas les oreilles.

le cheval reste dans son incurvation et qu’il ne puisse s’y soustraire. Il ne faut pas hésiter à baliser la taille du cercle avec des plots, car le but n’est pas ici de savoir les yeux fermés tracer un cercle de 10 m (d’ailleurs c’est infaisable ce truc, ok je sors), mais de mettre en place un exercice préparatoire qui va aider à la réussite de l’objectif de la séance.

A la sortie du cercle, il faut « continuer » à demander l’incurvation, donc à sortir les épaules, avec une action d’appui de la main intérieure et une action régulatrice de la rêne extérieure, pour canaliser les épaules et éviter qu’elles ne fuient. En parallèle, et parce que l’incurvation se demande en premier lieu par la jambe, on ne le dira jamais assez, il faut agir avec sa jambe intérieure à la sangle, pour incurver tout en poussant la masse. Vaste programme.

Le mouvement est réussi quand vous sentez votre cheval incurvé tout en se déplaçant du côté contraire, tout en gardant la piste avec les postérieurs. L’angle ne doit pas être trop important, pour maintenir l’engagement et la régularité de l’allure. Personnellement, le bénéfice maximal à tirer du mouvement s’obtient au pas, mais l’épaule en dedans peut aussi se demander au trot (exercice qui peut se coupler avec une demande de départ au galop, le départ s’obtenant alors normalement par une prise d’équilibre parfaite, vers le haut… Mais ceci est une autre histoire).

Comme toute demande, elle doit se faire par actions discontinues, le regard orienté dans le sens du déplacement (oui, on sait qu’il a de belles allures, mais non, ce n’est pas le moment de les regarder),  et l’assiette agissant avec une action impulsive et latérale, pour maintenir l’équilibre.

Pour éviter de perdre le bénéfice obtenu, sur quelques foulées (« demander souvent, se contenter de peu et récompenser beaucoup » est toujours à l’ordre du jour !), ne pas hésiter à refaire un cercle en fin de demande pour éviter que le cheval ne se sauve.

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Comprendre l’EED


Attention, soyons vigilants…

Pour que l’exercice soit correct, attention à :

  • conserver le côté extérieur (épaule et hanche) au risque de voir l’incurvation se dégrader. La jambe externe et la rêne régulatrice ne jouent alors plus leur rôle.
  • ne pas demander une trop grande inclinaison, ce qui serait préjudiciable pour un cheval novice
  • conserver la cadence souhaité : en cas de précipitation, faire un demi-arrêt ou repartir immédiatement sur un cercle.

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Un dernier pour la route… Ah, si les juges de dressage étaient plus funky aussi…

Comme toujours, cet exercice ne doit pas être une finalité en soi à votre séance, au risque de lasser le cheval et de le blaser à la demande, mais un ingrédient en plus à votre boîte à outils qui permettra à terme d’avoir une Trottinette plus légère, plus malléable, plus disponible dans son corps, et donc plus à même de répondre correctement à nos sollicitations d’équitation classique : un équilibre sur l’arrière-main, une nuque le point le plus haut, et un cheval léger qui se tient dans un équilibre qui n’est pas horizontal.

« Dos, le dos, qui a bon dos » – partie 3

En selle : aujourd’hui on saute, pour finir cette série de 3 articles consacrés au travail du dos du cheval !

Retrouvez les deux premiers articles en cliquant ici pour un rappel anatomique et locomoteur, et ici pour une compilation d’exercices à réaliser sur le plat pour muscler le dos de son cheval.

Cet article vous est présenté comme une séance d’obstacles construite de A à Z, dans le but de tonifier et muscler le dos de votre cheval, ou de le gymnastiquer si votre cheval est dans de bonnes conditions sportives. Evidemment, puisqu’il s’agit d’une séance, le choix des exercices est restrictif, et il en existe sûrement plein d’autres ! A vous d’être curieux, ou de décliner des exercices sur la base de ceux proposés. De même, les distances sont données à titre indicatif, « général ». A vous d’adapter en fonction des particularités des foulées de votre cheval si besoin, vous le connaissez mieux que moi ! 😉


Détente sur le plat

Commencez par détendre Trottinette aux trois allures, comme à votre habitude.

Mettez l’accent sur l’incurvation en premier lieu, afin de stimuler l’engagement du postérieur interne et d’échauffer les abdominaux, essentiels dans la chaîne ventrale qui permet le bon fonctionnement du dos. Selon l’avancée dans le travail de votre cheval, demandez au pas, trop et même galop, et n’hésitez pas à aller jusqu’à de la contre-incurvation.

Dans un même temps, multipliez les transitions, montantes et descendantes. Veuillez à garder l’activité dans les transitions descendantes, et à conserver l’équilibre dans les transitions montantes. Aidez-vous de repères visuels : lettres, plots… pour être le plus précis possible. Anticipez toutes vos demandes et allez au bout de votre idée, même si l’application est compliquée. Répétez, demandez peu, récompensez beaucoup. Les transitions vont faire fonctionner le dos du cheval.

Si votre cheval devient souple et malléable après ces exercices, en ligne droite et sur le cercle, il n’est pour moi pas forcément essentiel de venir compliquer la séance avec des déplacements latéraux. Néanmoins selon votre cheval, vous pouvez également inclure des épaules en dedans au pas et au trot, qui aident à obtenir équilibre et engagement du postérieur. Mais si cela risque de compliquer la séance ou fâcher votre cheval, gardez cela pour un autre jour : n’oublions pas que notre but est de travailler le dos sur des barres.


Détente sur les barres

Installez, sur un cercle de 20 m, 4 barres au sol séparées de 2 foulées (environ 9 m). Commencez par la main la plus facile, et exigez des passages dans l’incurvation et la régularité.

IMG_4117Relevez progressivement les barres jusqu’à avoir 4 cavalettis. En fonction du travail de votre cheval, vous pouvez faire l’exercice seulement au trot, ou au galop. Celui-ci n’est pas obligatoire dans le sens où vu l’enchaînement d’exercices demandé dans la séance, le dos est déjà bien détendu et sollicité. Et le galop peut parfois nuire à la concentration, on connait nos Trottinettes…

La réussite de l’exercice dépend de votre capacité d’anticipation et de votre tracé, grâce à votre regard.

Les cavalettis stimulent l’engagement des postérieurs dans la logique du travail commencé sur le plat. Un dispositif en ligne droite permettrait d’arriver au même résultat, mais peut être compliqué pour les chevaux qui ont tendance à s’aplatir.


Enfin, la ligne !

La ligne que je vais vous proposer permet une gymnastique complète de la ligne du dessus de votre cheval.

Les distances proposées sont volontairement courtes puisque le but est de faire travailler 13595734_1353032784724240_2027420737_nle cheval ; ne la réalisez donc pas avec un cheval vert sur les barres, peu habitué aux lignes ou peu mécanisés. On ne travaille d’ailleurs pas le dos de son cheval à l’obstacle tant que les bases ne sont pas saines !

L’entrée se fait au trot, puis :

  • barre au sol
  • 3 m
  • vertical (maximum 50 cm)
  • 5,50 m
  • saut de puces de croisillons (max 50 cm) séparés de 3,50 m
  • 6,50 m
  • oxer (peu large, max 1 m)
  • 10 m
  • vertical (max 1 m)

Le saut de puce permet de rendre les chevaux actifs et attentifs, de leur donner du « geste ». L’oxer qui suit incite à étirer le dos, et le vertical de sortie exige que les chevaux se recompactent directement.

Toute la ligne du dos travaille en flexion-extension.

13530440_1347446345282884_1432505063_nRéalisez quelques passages réguliers, laissez le temps au cheval de s’habituer au dispositif. Une fois celui-ci assimilé, réalisez 1 ou 2 passages plus gros, puis récompensez. La séance est complète !

Pour finir, vous pouvez demander à ce que vos chevaux trottent bas et rond, pour étirer la ligne du dos et qu’elle se relâche. Condition que je rappelle pour que cela soit bénéfique : que vos chevaux, même avec des rênes plus longues, conservent leur régularité et leur équilibre.

Puis, n’oubliez pas les caresses et les carottes : Trottinette a bien travaillé !


Source : Pocket’ Jump, par Michel Robert

« Dos, le dos, qui a bon dos » – partie 2

Le premier article de cette série établissait des rappels anatomiques et locomoteurs sur le dos.

A lire en cliquant ICI.

Pour résumer en quelques mots, il existe 2 grandes chaînes musculaires principales chez le cheval, qui fonctionnent ensemble : la chaîne dorsale (formée par les extenseurs), qui est sollicitée lors du mouvement en avant, notamment le galop et le saut, et la chaîne ventrale (formée par les fléchisseurs), qui joue un rôle fondamental dans le maintien du dos et les mouvements rassemblés, notamment lors de l’engagement des postérieurs. Lorsque ces 2 chaînes de muscles se combinent, on aboutit à l’équilibre : et c’est ce que tout cavalier recherche… d’autant plus chez les trotteurs qui semblent tant en manquer montés (enfin qui ont en réalité un équilibre différent de celui recherché en équitation classique).

Et si le dos est une préoccupation permanente voire quasi-obsessionnelle du cavalier, il ne faut pas oublier que les muscles de la chaîne ventrale sont tout aussi essentiels.


Mais concrètement, comment on les tonifie ?

Pas de révolution dans vos manèges ici, juste du bon sens et un rappel d’exercices simples à la portée de beaucoup d’entre nous… et à la portée de chevaux encore assez verts dans le travail.

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Transition trot-pas sur un cercle avec une légère incurvation à gauche pour aider le cheval à s’équilibrer

Dans la carrière…

  • Toutes les transitions : effectuer des transitions va aider à tonifier le dos de votre cheval, notamment la partie, souvent longue et figée chez le trotteur, qui se trouve juste derrière la selle (charnière lombosacrée). Une seule exigence : lors des transitions descendantes, il faut garder de l’activité par des jambes présentes pour que votre cheval engage ses postérieurs et non qu’il s’avachisse sur les épaules et s’éteigne. Pour cela, effectuez des transitions sur un cercle avec le bout du nez à l’intérieur va aider  le cheval à se redresser à passer la transition de façon  plus équilibrée. A l’inverse, lors des transitions montantes, soutenez un peu vos mains pour avoir la sensation que le cheval se tienne, et parte « vers le haut » et pas seulement « vers l’avant ».
  • L’incurvation : encore et toujours… Pourquoi l’incurvation fait-elle travailler le dos
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    Cheval qui part vers l’avant et vers le haut.

    ? Parce qu’en plus de travailler la souplesse et la flexibilité du rachis, elle favorise l’engagement des postérieurs, qui renforce le travail de la chaine ventrale. Retrouvez l’article sur l’incurvation ICI.

  • Le trot bas et rond : il s’agit d’un exercice pour chevaux un peu plus avancés dans le travail, puisque cela implique qu’ils soient dans un bon équilibre et surtout cadencés, ce qui permet d’évoluer de façon sereine dans une cadence régulière, avec un cheval qui cède sur la main et qui vient chercher le contact même sur des rênes longues. Mais c’est un excellent exercice pour détendre le dos et le faire travailler, et qui rappelle la position naturelle du cheval qui broute (donc on peut conclure que si Trottinette broute, elle se muscle le dos ?). La ligne du dessus se développe musculairement sans tension : le cheval porte de plus en plus facilement son cavalier, il se relâche et gagne en mobilité et en engagement des postérieurs. Seul bémol, pour les trotteurs tout juste réformés, c’est le travail à la longe qui va tout d’abord aider à obtenir cela, car monté, l’exerice est plus exigent et compliqué qu’il n’y parait. Attention : être bas et rond implique d’être en avant afin que le dos soit mobile et que les postérieurs puissent s’engager. Sinon, il n’y a aucun bénéfice.

Et dehors ?

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Incurvation, quand tu nous tiens…

Pour s’aérer les neurones et ceux de nos chevaux, le travail en extérieur peut aussi nous aider à atteindre nos objectifs de musculature. Ainsi, le travail en montée favorise la musculature de la chaîne ventrale, et par conséquent celle du dos.

Evidemment, des exercices plus complexes en dressage, comme l’épaule en dedans, favorisent également la musculature de la ligne du dessus. Mais il n’en est ici pas encore question puisque nous nous mettons dans l’optique d’un cheval en début de travail, ou d’un cheval dont on reprend les bases.

Mais le dos se travaille aussi à l’obstacle ! Le prochain article vous proposera une séance d’obstacles conçue de A à Z avec détente sur barres au sol puis travail sur les barres, toujours dans l’objectif de muscler le dos de votre Trottinette !

Affaire à suivre…

Trotteusement,


 

« Dos, le dos, qui a bon dos » – partie 1

Au menu, nous nous attaquons, sans euphémisme, à la colonne vertébrale du cheval : le dos. Et chez Trottinette, force est de constater qu’il est au coeur des préoccupations (s’il peut l’être plus que pour un cheval de sport !) : les trotteurs sont en effet réputés pour être longs, et fonctionnent souvent « à l’envers », avec un dos qui peut paraitre faible au moment de la réforme.

Elément fondamental s’il en est, puisque du dos résulte la faculté du cheval à porter un cavalier, et c’est ce dos qui conditionne la santé moteur et les bonnes performances sportives de l’animal.

Cette semaine, une analyse biomécanique permettra de (re)faire connaissance avec ce dos omniprésent ainsi que des exercices pour le travailler, en main. Les articles qui suivront mettront en lumière des pistes de travail, sur le plat et à l’obstacle, pour muscler le dos et le faire travailler dans le bon sens.


Eléments d’anatomie (avec un quizz Galop 5 à la fin, ou pas)

Le dos du cheval est composé de trois parties : la colonne thoracique, la colonne lombaire et le sacrum. Il se termine par la charnière lombo-sacrée.

La colonne thoracique comprend 18 vertèbres séparées par des disques intervertébraux fibreux, qui rendent la zone très rigide. Les vertèbres sont surmontées par des processus épineux mesurant jusqu’à 25 cm.

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C’est parfois loin dans nos mémoires… 

La colonne lombaire est quant à elle composée de 6 vertèbres dites lombaires : ce sont les reins. C’est cette partie qui transmet les forces qui vont de l’arrière-main vers l’avant-main.

Le sacrum est un os triangulaire composé de 5 vertèbres qui se soudent avant les 5 ans du cheval. Il relie fortement l’arrière-main au tronc, et l’attache entre le sacrum et la dernière vertèbre lombaire forme l’articulation lombo-sacrée. Celle-ci est une des parties les plus flexibles de la colonne, avec l’encolure et la queue. Elle permet au cheval d’arrondir le dos et de basculer le bassin au galop. Toute gêne impactant cette région entraine une conséquence sur la locomotion du cheval.


Sans muscle, pas de mouvement (mais non le Galop 5 n’est pas si loin, je vous dis !)

Les muscles de la musculature dorsale permettent de soutenir et de stabiliser le dos, tout en participant au transfert du mouvement vers l’avant créé par l’arrière-main.

On les classe en deux catégories :

  • les muscles extenseurs du dos (faisant partie de la chaine de muscles erector
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    Muscles dits dorsaux 

    spinale, mais nous nous concentrons ici sur le dos pour synthétiser et être plus clair), qui sont situés sur le dessus des vertèbres, le long des processus épineux. Parmi eux, on compte le muscle multifide (muscle postural) et le long dorsal (muscle de mouvement). Ils assurent l’extension du dos. Sur un cheval où les muscles du tronc ne sont pas assez développés, le muscle long dorsal est obligé de compenser le muscle multifide, ce qui entraine une rigidité du dos et des raideurs.

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    Muscles abdominaux 

    les muscles fléchisseurs du dos, qui sont les muscles abdominaux. Ils assurent le soutien de l’abdomen, participent à la respiration et maintiennent la colonne vertébrale en permettant la flexion du dos. Ce sont aussi eux qui permettent au cheval de supporter le poids du cavalier : ils doivent donc être correctement développés.

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Comprendre en image et en un clin d’oeil le bon ou le mauvais fonctionnement du dos


Et ce fameux dos, long, si long, des trotteurs alors ? (genre Titanic mais qui nage mieux)

On dit qu’un cheval a un dos long lorsque la distance entre le garrot et le point le plus haut de la croupe est supérieure à un tiers de la longueur totale du cheval. C’est une

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Très beau spécimen d’un trotteur au dos (très) long, presque tri-place (et on imagine que j’ai une bombe, pas bien, je sais, merci, je recommencerai plus).

physionomie courante chez les trotteurs, certes de moins en moins fréquente avec les apports de sang américain, qui rendent le modèle du trotteur plus « sport » et plus proche du gabarit du pur-sang.
Cette longueur a des conséquences sur la locomotion :

  • une plus grande difficulté à se rassembler (couplée chez le trotteur à un équilibre très horizontal si ce n’est sur les épaules)
  • une plus grande difficulté à reporter du poids sur les postérieurs (et la précision précédente accentue la difficulté)
  • une plus grande difficulté à engager les postérieurs pour se propulser (les trotteurs « poussent »)
  • une flexion et une bascule limitée

Conséquence ? Il faut un travail accru des muscles abdominaux pour permettre la montée du dos et du rein.


Préparer les muscles et les renforcer à pied 

Quelques exercices d’étirement et d’assouplissement permettent de préparer les muscles aux efforts que l’on va leur demander par la suite. Ceux présentés ci-dessous sont axés sur le renforcement des muscles dorsaux et abdominaux.

Ces exercices permettent aussi au cavalier de constater les éventuelles raideurs de son cheval, ses points faibles… Mais aussi anticiper une souplesse ou une facilité à mobiliser son corps ! Ils doivent être demandés régulièrement pour être bénéfiques, 4/5 fois par semaine, sur une période longue (3 mois).

  • La carotte entre les antérieurs : la carotte permet d’attirer la tête du cheval vers le bas et vers l’arrière entre les antérieurs. Le cheval doit maintenir l’attitude entre 5 à 10 secondes (à répéter 2 à 3 fois par séance, en allant progressivement plus loin).
    • Stimule les muscles abdominaux : aide à la remontée du dos
    • Améliore la flexibilité du dos
    • Encourage une posture et un soutien correct du dos : renforce les muscles de la ligne du dessus
  • La carotte en bas, sur le côté : en tenant la carotte dans la main du côté de la queue, et en étant au niveau du passage de sangle, on amène la tête du cheval de l’autre côté de notre corps, vers le bas. Tenir 5 à 10 secondes, répéter 2 ou 3 fois de chaque côté, en allant progressivement de plus en plus vers la queue.
    • Renforce les abdominaux
    • Accroit la souplesse et la flexibilité du dos
    • Prépare l’incurvation
  • Le reculer en main : faire reculer le cheval, avec la tête le plus bas possible afin de favoriser la montée du dos (ne pas hésiter à s’aider d’une carotte si le cheval se creuse). Effectuer 2/3 pas pour commencer, pour évoluer vers une dizaine.
    • Favorise la montée et la flexion du dos : les abdominaux se contractent
    • Renforcer les zones permettant au cheval de s’engager et de porter le cavalier : le dos se relâche pour permettre aux postérieurs de s’engager
    • Permet la flexion de la charnière lombo-sacrée, par l’inclinaison du bassin et la contraction des muscles ilio-psoas
  • Tourner en rond en main : le but est d’incurver latéralement tout le corps du cheval en insistant sur l’engagement du postérieur interne. Sur un petit cercle, en étant au niveau du passage de sangle, sollicitez les postérieurs tout en demandant au cheval d’incurver la tête vers le centre.
    • Améliore la souplesse : flexion des vertèbres thoraciques et lombaires
    • Prépare l’incurvation : mobiliser les abdominaux pour permettre l’engagement du postérieur sous la masse
    • Etire les muscles dorsaux du côté extérieurs

Maintenant que les bases sont posées, et que les premières clés de travail sont données pour améliorer la musculature du dos du cheval, nous nous attarderons prochainement sur des exercices concrets pour améliorer la musculature des muscles dorsaux et abdominaux sur le plat ainsi qu’à l’obstacle. A suivre…

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Un autre point de vue sur le dos du cheval… 

Azur d’Argent & Emilie

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  • Nom du couple cavalier/cheval : Azur d’Argent & Emilie
  • Discipline(s) pratiquée(s) : CSO et Dressage
  • Niveau de compétition couru : CSO Amateur 2 et Dressage Club 2
  • Objectifs : S’améliorer en Amateur 2 – Monter en indice. J’aimerais retourner au Haras de Jardy pour les Championnats Amateur par équipe, que j’ai eu la chance de faire en 2018 avec la team JTDJS. Ensuite, améliorer aussi mon travail sur le plat, réaliser des exercices plus techniques.
  • Pourquoi un TF ? Au début, comme beaucoup, j’avais quelques a prioris sur les Trotteurs Français. Mais lorsque j’ai vu l’annonce pour Azur j’ai su que c’était lui et pas un autre. J’ai fait 5 heures de voiture pour aller l’essayer, dans un champ, en pente, surtout au pas, avec un peu de trot. Ça a tout de suite été un coup de coeur. J’ai senti dès le début son grand coeur, et je me suis accrochée au rêve que l’on progresse tous les deux.
  • Les principales qualités d’Azur : Azur a un coeur immense. En CSO, certains disent, et je suis d’accord, qu’il a des yeux sous les sabots. Il est toujours à l’écoute de son cavalier. Quand je ne vais pas bien il le sent, et est tout calme. C’est devenu un réel maitre d’école. Il s’applique dans tout ce qu’il fait pour nous faire plaisir. En dressage, il écoute bien les aides, il est léger dans la bouche. J’ai eu la chance de ne le monter qu’avec des embouchures très simples. Il est mon confident de tous les jours, mon partenaire.
  • Un dicton favori qui s’applique à ton travail équestre avec ton TF :  » Votre cheval vous ressemble comme votre reflet dans un miroir «  – John Lyons. Les trotteurs sont des chevaux très sensibles, et aussi prêts à tout pour un cavalier qui prendra le temps.
  • Sur les réseaux sociaux : Azur d’Argent (Facebook) / @emilie_azurdargent (Instagram)

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Un trotteur … Qu’est ce que c’est ?

Histoire de ne pas mettre le sulky avant le cheval, voici un article qui reprend les bases, et qui répond à la question, peut-être toute simple : un trotteur qu’est-ce que c’est ?

Pour comprendre de quel type de cheval nous parlons, il est important de repartir du commencement.


Le trotteur : son fonctionnement 

Le trotteur est par nature un cheval de course. J’enfonce ici peut-être une porte (de boxe) ouverte, mais il faut toujours avoir cette notion en tête. C’est l’homme qui a développé son allure, forçant ainsi la vitesse du trot à 50 km/h, contre une moyenne habituelle de 14-15 km/h.

Le trot du trotteur est même appelé « flying trot » dans le jargon des courses, et l’expression illustre bien l’extrémité dans laquelle l’allure est poussée lors des courses de trot.

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Source : galerie personnelle. 

Rappelons également la description de l’allure du trot (mais si, je suis sûre que vous connaissez encore par coeur le programme fédéral du Galop 3, le cheval c’est trop génial) ; c’est une allure sautée, symétrique, à deux temps égaux, où le cheval se déplace par bipèdes diagonaux, dont le posé est séparé par un temps de suspension.

A cette allure « normale », le cheval n’a pas besoin d’adapter son équilibre, la position de la tête et de l’équilibre restant stables. En course, le cheval doit déplier ses foulées en lançant très loin son postérieur. Pour éviter de se blesser, il doit dans le même temps relever rapidement l’antérieur. Pour arriver à cette allure très mécanique, le cheval a besoin de l' »aide » de l’homme : ferrure adéquate, ou enrênement. On comprend donc très aisément d’où provient l’équilibre très horizontal du trotteur, puisque la stabilité naturelle du trot est chez lui plus qu’exacerbée.

C’est tout le contraire du galop, où le corps du cheval du cheval connait différentes poussées : vers l’avant lors de l’avancée des postérieurs sous la masse, vers le haut grâce aux antérieurs (temps de suspension), et vers l’arrière suite à cette poussée vers le haut, ce qui reporte du poids sur l’arrière-main. L’encolure accompagne ces différentes variations de l’équilibre : elle s’abaisse et se relève ; c’est l’image du cheval à bascule.

Pas besoin d’aller plus loin pour comprendre les difficultés de nos trotteurs à apprendre à fonctionner au galop. C’est tout leur corps qu’il faut rééduquer pour cela, et cela passe par des dizaines d’exercices au pas et au trot (mais nous aborderons ces sujets au fur et à mesure), dont l’objectif sera de redonner de la liberté et du mouvement à l’encolure, afin de briser sa rigidité, et de redonner de la souplesse par les mouvements latéraux à un corps qui fonctionne de manière longitudinal presque exclusivement.


Quid de la génétique ?

S’ouvre ici le grand débat. Le trot de courses, fabriqué par l’homme, ou qui puise son origine dans la génétique ? La question est grande ouverte, et sera même l’objet d’un article, car de récentes études portent à croire que les gênes jouent un rôle dans cette allure du trotteur.

En revanche, si on s’intéresse un peu à l’histoire de la race, nous comprenons que le trotteur est, comme toutes les races modernes, sélectionné par l’homme depuis sa création en vue d’en faire une race spécifiquement conçu pour le trot.


Montons dans la machine à trotter dans le temps …

Ainsi, le trotteur est né dans les années 1830, suite aux guerres napoléoniennes qui décimèrent la population chevaline française, pour répondre à un besoin simple : un cheval solide, rustique, rapide mais peu coûteux (tout le contraire du pur-sang anglais alors très en vogue, notamment dû à son entretien onéreux et compliqué). Cette nouvelle race devait satisfaire aux besoins de l’armée : porter des hommes, tirer des pièces d’artillerie, et rester stoïque face aux bourdonnements des canons (là encore, le pur-sang anglais était exclu d’office, trop sanguin). Répondre à ses qualités supposait aussi que l’allure de prédilection serait le trot.

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Cheval anglo-normand (Narquois, 1891)

Le berceau de race se situait en Normandie, privilégiée pour la qualité de ses herbages et de son terreau de terre d’élevage. Les éleveurs ont croisé des juments locales (dites anglo-normandes, de type carrossier, donc déjà adaptées à l’attelage) avec des trotteurs Norfolk (race anglaise aujourd’hui disparue).

 

Les premières courses de trot de 1836 permirent de comparer les premiers produits et donc de sélectionner les meilleurs géniteurs. Le trotteur était alors appelé « demi-sang normand », et son physique n’en faisait pas un spécimen chéri par les parieurs : trapu, petit, peu expressif, avec une grosse tête et des jambes courtes et fortes …

Un rédacteur sportif de l’époque, Ned Pearson, disait même : « ce qu’on est convenu d’appeler un trotteur ne galope pas, il est vrai, mais ne trotte pas davantage » … Oh, le beau cheval …

Néanmoins, la race se développe ainsi que la pratique des courses au trot, avec en 1864 la création de la Société du cheval français de demi-sang, devenue la société d’encouragement à l’élevage du cheval français ensuite (et connue aujourd’hui sous l’appellation et le logo du Trot). Je vous invite à aller visiter leur site Internet, très bien fait pour en apprendre plus sur le trotteur et sur le monde des courses de trot : ici !

LOGO.LETROT.COM

Logo de la SECF aujourd’hui

A la fin du 19ème siècle, la France était fière d’avoir créé en 50 ans une nouvelle race, qui avait à l’époque une réelle suprématie sur les autres races de « trotteurs ». Néanmoins, la concurrence avec les trotteurs venus des Etats-Unis et de Russie fut rude, et l’élevage français dut s’adapter pour conserver son leadership.

C’est ainsi que durant l’entre deux-guerres, les premiers croisements avec du sang américain (race Standardbred), mais aussi avec un peu de pur-sang anglais et arabe, furent réalisés. La réussite de ces croisements

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Cheval Norfolk

n’est plus à démontrer puisqu’ils ont donné lieu au trotteur tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le premier stud-book du trotteur fut ouvert en 1906, et la race est enfin appelée ainsi en 1922. Il est fermé en 1937 afin d’empêcher tout ajout de sang étranger. En 1980, quelques éleveurs réutilisèrent des croisements avec des Strandardbred, puis le stud-book fut à nouveau refermé.

La conséquence fut une véritable évolution du modèle du trotteur, et aujourd’hui les 3/4 des trotteurs nés en 2003 possèdent des gênes étrangers.

Voilà en quelques lignes l’histoire de notre race ; on comprend toujours mieux une chose lorsqu’on en connait le passé.

Pour les curieux, maintenant que nous avons appris qui était le trotteur, nous pourrons envisager un article sur les trotteurs célèbres … A vos avis !


Sources :

Trotteur, quand tu nous tiens, Jean-Pierre REYNALDO

La locomotion du cheval, Gillian HIGGINS