L’épaule en dedans

« Cette leçon produit tant de bons effets à la fois, que je la regarde comme la première et la dernière de toutes celles qu’on peut donner au cheval, pour lui faire prendre une entière souplesse et une parfaite dans toutes ses parties. »

dlg11-222x300C’est ainsi que François Robichon de La Guérinière parle de l’épaule en dedans, qu’il a inventée au début du 18ème siècle.

Loin de vouloir l’exécuter pour elle-même, l’écuyer français voyait dans ce mouvement latéral (qui varie entre 2 et 4 pistes selon l’inclinaison demandée, 3 pistes étant le minimum d’inclinaison « utile ») un exercice d’assouplissement général. On peut en effet définir l’épaule en dedans comme un assouplissement d’ensemble, dans lequel on maintient les épaules du cheval sur une piste intérieure à celle suivie par les hanches.

Juchés sur nos Trottinettes, nous ne devons donc pas chercher à obtenir à tout prix l’épaule en dedans qui vaudrait des 8 et des 9 sur les carrés (si tant est qu’elle ait une 200w-2utilité à être travaillée ainsi, mais ceci est un autre débat) : il faut « juste » y voir un moyen de développer la souplesse de son cheval. Ca tombe bien, de la raideur, on en a à gogo… (Je redirige à propos vers cet article de Je Trotte donc Je Suis, qui permet de comprendre le fonctionnement des muscles lors des déplacements latéraux en général, ainsi que les bénéfices pour nos chevaux une fois sortis de leurs sulkys).


Et donc ?

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Voilà, comme ça. Enfin on peut toujours rêver.

Concrètement, lorsque le cheval se déplace en épaule en dedans, il se retrouve légèrement ployé autour de la jambe intérieure, tout en regardant dans la direction contraire au sens de la marche (incurvation dite convexe).

Le but est d’améliorer l’incurvation de la tige vertébrale, et donc de développer la souplesse en donnant de la liberté aux épaules, tout en améliorant l’équilibre par l’engagement du postérieur interne sous la masse.

Tiens donc, comme c’est intéressant pour notre Trottinette, qui :

  • est souvent sur l’avant-main, avec des épaules peu mobiles et par conséquent un poids mal réparti (nos épaules le savent très bien)
  • n’a pas un équilibre tel qu’on le conçoit en équitation classique, puisque très horizontal voire descendant (ce qui est peu pratique lorsque l’on envisage de sauter des crayons de couleur sans les faire tomber, puisqu’on lui demande de reporter du poids sur l’arrière-main et d’articuler ses épaules).
  • a souvent beaucoup de force dû à sa race et sa conformation, et l’incurvation par la mobilisation du bout de devant et la cession de la mâchoire aide à vaincre ce rapport de force pour aller vers l’idée de légèreté (notez la prudence qui est la mienne, je sais que c’est un St Graal pour nous autres cavaliers de trotteurs !).

Et comment je fais ?

Pour réussir l’exercice, il faut déjà que les aides de l’incurvation soient comprises et que l’incurvation en elle-même soit facile pour le cheval. A ce sujet (dis donc, comme il est bien ce site), je vous renvoie à l’article sur l’incurvation).

L’idéal est de d’abord de demander l’incurvation sur un cercle de 10 mètres, afin que

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Voilà, pour l’incurvation, on est pas (trop) mal. Mais on a dit qu’on regardait pas les oreilles.

le cheval reste dans son incurvation et qu’il ne puisse s’y soustraire. Il ne faut pas hésiter à baliser la taille du cercle avec des plots, car le but n’est pas ici de savoir les yeux fermés tracer un cercle de 10 m (d’ailleurs c’est infaisable ce truc, ok je sors), mais de mettre en place un exercice préparatoire qui va aider à la réussite de l’objectif de la séance.

A la sortie du cercle, il faut « continuer » à demander l’incurvation, donc à sortir les épaules, avec une action d’appui de la main intérieure et une action régulatrice de la rêne extérieure, pour canaliser les épaules et éviter qu’elles ne fuient. En parallèle, et parce que l’incurvation se demande en premier lieu par la jambe, on ne le dira jamais assez, il faut agir avec sa jambe intérieure à la sangle, pour incurver tout en poussant la masse. Vaste programme.

Le mouvement est réussi quand vous sentez votre cheval incurvé tout en se déplaçant du côté contraire, tout en gardant la piste avec les postérieurs. L’angle ne doit pas être trop important, pour maintenir l’engagement et la régularité de l’allure. Personnellement, le bénéfice maximal à tirer du mouvement s’obtient au pas, mais l’épaule en dedans peut aussi se demander au trot (exercice qui peut se coupler avec une demande de départ au galop, le départ s’obtenant alors normalement par une prise d’équilibre parfaite, vers le haut… Mais ceci est une autre histoire).

Comme toute demande, elle doit se faire par actions discontinues, le regard orienté dans le sens du déplacement (oui, on sait qu’il a de belles allures, mais non, ce n’est pas le moment de les regarder),  et l’assiette agissant avec une action impulsive et latérale, pour maintenir l’équilibre.

Pour éviter de perdre le bénéfice obtenu, sur quelques foulées (« demander souvent, se contenter de peu et récompenser beaucoup » est toujours à l’ordre du jour !), ne pas hésiter à refaire un cercle en fin de demande pour éviter que le cheval ne se sauve.

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Comprendre l’EED


Attention, soyons vigilants…

Pour que l’exercice soit correct, attention à :

  • conserver le côté extérieur (épaule et hanche) au risque de voir l’incurvation se dégrader. La jambe externe et la rêne régulatrice ne jouent alors plus leur rôle.
  • ne pas demander une trop grande inclinaison, ce qui serait préjudiciable pour un cheval novice
  • conserver la cadence souhaité : en cas de précipitation, faire un demi-arrêt ou repartir immédiatement sur un cercle.

200w

Un dernier pour la route… Ah, si les juges de dressage étaient plus funky aussi…

Comme toujours, cet exercice ne doit pas être une finalité en soi à votre séance, au risque de lasser le cheval et de le blaser à la demande, mais un ingrédient en plus à votre boîte à outils qui permettra à terme d’avoir une Trottinette plus légère, plus malléable, plus disponible dans son corps, et donc plus à même de répondre correctement à nos sollicitations d’équitation classique : un équilibre sur l’arrière-main, une nuque le point le plus haut, et un cheval léger qui se tient dans un équilibre qui n’est pas horizontal.

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