Savoir mettre pied à terre.

Vaste sujet que celui dans lequel je m’embarque aujourd’hui. Le travail à pied. Indissociable d’une relation au cheval, le travail à pied fait partie intégrante de l’homme et de la femme de cheval. Mais il est souvent cantonné à un rôle mineur, ou très limité dans le temps. Quelques séances au débourrage, avant d’accéder au Saint Graal, le pied à l’étrier et les fesses dans la selle. Puis quelques autres, en longe. Souvent parce que la licorne est blessée, « et qu’il faut bien travailler ». Certes, mais le travail à pied, c’est aussi l’occasion de regarder son cheval les deux pieds sur terre. D’ouvrir une porte sur la relation, la communication plus fine. Sortir de l’équitation pour penser cheval.

Les méthodes dites éthologiques se multiplient, les formations, les accessoires aussi. Pêle-mêle marketing qui promet aux propriétaires de devenir l’amis de leurs chevaux parce qu’ils lui retireront le mors. Raccourci peu convaincant, mais derrière le phénomène de mode, le travail à pied remet l’homme à sa place de piéton, mais permet d’aller au-delà.

N’ayant pas eu l’occasion, ni les finances il faut l’avouer, pour me former à ce type de travail aux côtés de professionnels, je ne me sentais pas les épaules pour prendre la parole sur un tel sujet. Pourtant, il m’intéresse particulièrement, et j’ai travaillé beaucoup à pied mon premier cheval, transformant ainsi la relation et l’écoute qu’il a du bipède. Les jeux de Parelli, puis montés, le sans mors, même à l’obstacle (dont une épreuve hunter !) … et quelques pas de cordelettes. Mais tout cela s’est fait grâce à des lectures, par des tâtonnements.

C’est donc tout naturellement que j’ai choisi de laisser la parole à 3 cavalières passionnées, et de trotteurs, et d’une autre façon de penser l’équitation. Elles se sont toutes les trois prêtées au jeu de questions que je leur ai envoyés. Ce ne sont pas des paroles d’évangile, juste des expériences, des témoignages … de cavalières qui montrent par leurs réalisations la justesse de leur communication avec les chevaux. Interview croisée.

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Anne-Sophie est la gérante de l’écurie de réforme située dans le Sud de la France (près de Toulouse) Trotteurs de Réforme ; vous pouvez accéder à son site web en cliquant ici.

 

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Méline et Casting

Méline est belge, et évolue aux côtés de Casting du Large … Pour suivre leurs aventures, c’est ici. Ils sortent juste en compétition en cordelettes … Entre autres. Mais le plus impressionnant est ce qui les unit. Quelques mots pour mieux les connaître :

J’ai acheté Casting il y a trois ans. Il était reformé des courses et avait été mit à l’obstacle par ses propriétaires, mais cela ne s’est pas bien passé. Je l’ai donc acheté. Ne sachant pas comment m’y prendre, j’ai décidé de partir faire des stages d’équitation « éthologique » au haras de la cense à Paris, pour ensuite faire des stages avec Andy Booth. Grâce à cela, Casting et moi avons appris à nous connaitre et à créer une relation basée sur la confiance. Il y a eu beaucoup de hauts mais aussi beaucoup de bas. Casting a changé ma vie car il m’a fait me remettre en question, m’a appris à être patiente et m’a surtout m’a appris à comprendre les chevaux. Certains diront qu’il est improbable et insensé de porter de si gros sentiments envers un animal, mais il est toute ma vie. Grâce à lui , je peux vous confirmer que les trotteurs sont des chevaux au grand cœur, capable de faire de magnifiques choses, car ils ont cette volonté que d’autres n’ont pas. Casting a déjà a déjà participé à quelques spectacles. Mais aussi concours de gymkana où il excelle et gagne. Ainsi que deux concours de dressage en cordelette, ou il m’a emmené une fois sur le podium.

Grâce à lui, En Septembre prochain, j’intégrerai l’école de Firfol en Normandie pour devenir chuchoteur.

Enfin, Caroline et Steevland (réformé de l’association Sauve Qui Peut) se promènent

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Caroline et Steevland

parfois en totale liberté ensemble … Et ils font aussi du CSO en cordelette. Mais c’est Caroline qui parle le mieux de son cheval :

C’est un réformé des courses, ça fait plus de 5 ans qu’on est ensemble. Il a fallu tout reprendre de 0 quand je l’ai eu : très craintif, sur l’œil, le moindre bruit ou changement le stressait. Je ne connaissais pas l’éthologie, c’est mon directeur d’écurie qui me l’a proposée et enseignée. J’ai tout de suite adhéré ! Grâce à lui j’ai pu apprendre toutes les bases de l’éthologie et du travail à pied. C’était nécessaire avec Steevland : une reprise à 0 du boulot. Presque 6 mois à bosser à pied avant de monter dessus la première fois… et ce en licol. Travail long et encore aujourd’hui, super important. L’éthologie est à ne pas prendre à la légère, et c’est un réel boulot qui demande beaucoup de réflexion et de temps.
Je ne monte qu’une fois voire deux par semaine, donc le travail à pied est réellement nécessaire pour moi, pour nous. Et pourtant, malgré le peu de temps passé à cheval, nous arrivons à sortir en balade en cordelette et une fois en liberté totale… des concours en cordelette, CSO ou dressage… C’est là qu’on peut dire que l’équitation n’est pas que se poser sur sa selle et attendre que ca se passe !

Toutes les 3 ont en commun un tact équestre fin ; je leur laisse la place avec le question/réponses !


1) Le travail à pied … C’est quoi ?

Anne-Sophie (TdR) : 

La première chose à dire sur l’éducation dite « éthologique » est que ce n’est pas une discipline. On ne peut pas faire « saut » le lundi, « dressage » le mardi et « étho » le mercredi. L’éthologie, et donc la méthode Parelli, est un mode d’éducation complet quelque soit la discipline que l’on souhaite exercer (dressage, CSO, endurance) et cela ne s’adresse pas qu’aux cavaliers qui veulent monter sans mors, loin de là.

Donc ce n’est pas une heure d’éthologie le mercredi qui va faire une quelconque différence dans notre relation avec le cheval.

C’est carrément un mode de vie, dès que l’on met un pied dans le pré jusqu’au moment où nous quittons notre cheval, nous sommes « en plein dans le vif du sujet». C’est un travail de tous les instants.

La méthode Parelli regroupe des exercices permettant d’établir une communication avec le cheval. L’objectif est d’instaurer confiance et respect pour obtenir une relation homme/cheval harmonieuse et sûre. Fini le cheval qui tire sur la longe pour brouter, qui bouscule, qui saute partout en longe et/ou monté…

Une bonne partie de ce que je vais écrire m’a été transmis par Valérie Schweitzer (www.juste-avec-mon-cheval.com ) qui accompagne des cavaliers souvent en difficulté avec leur cheval (car ils n’ont plus confiance en lui, ou que le cheval est « compliqué »).

Le but est donc de faire comprendre au cheval que tout ce qui peut se passer autour de lui ne le concerne pas, en le désensibilisant. Le sac plastique qui s’envole ne doit pas provoquer un demi tour, le promeneur avec son parapluie non plus. En parallèle il faut sensibiliser le cheval à nos demandes pour qu’il soit toujours connecté à nous, disponible, sans pour autant le « robotiser » (pour ne pas qu’il fasse des choses machinalement sans réfléchir).

Les jeux Parelli se basent sur le langage des chevaux : le langage corporel.

C’est une méthode qui s’adresse donc à tous les chevaux mais à appliquer différemment en fonction de la personnalité propre du cheval.

Elle repose essentiellement sur la gestion de notre énergie. Si l’humain est stressé, agacé, anxieux, le cheval le sera aussi. Si au contraire l’humain est serein, calme, le cheval le sera aussi. Si on effectue des gestes trop brusques, les réactions du cheval seront proportionnelles chez les chevaux les plus sensibles.

Comme leur nom l’indique, les jeux Parelli doivent être amusants tant pour le cheval que pour son humain. A nous humains de les rendre sympathiques et d’amuser nos chevaux.

Le jeu devra également être la clé de voute de la partie montée. Tout doit être ludique, amusant, pour que nos partenaires équins soient des partenaires impliqués et heureux de l’être et pas des chevaux soumis par la domination.

Légende : Comète, jument très émotive, hypersensible, qui ne se laissait pas attraper au paddock, tirait au renard, avait peur d’être touchée. Désensibilisation au stick stick et jeu de l’amitié obligatoires pour amorcer un quelconque échange… Et à droite, Comète quelques  jours plus tard.

Les sept jeux Parelli:

  • Le jeu de l’amitié

Obtenir la confiance du cheval

  • Le jeu du porc-épic

Supprimer le réflexe d’opposition du cheval en obtenant qu’il cède à chaque pression sur son corps (avec le licol, les doigts, les jambes) utile pour avoir un cheval léger en main et monté ou même pour l’embarquement dans le van.

  • Le jeu de la conduite

Obtenir que le cheval cède sans contact physique, simplement par des suggestions.

  • Le jeu du yo-yo

Faire avancer et reculer le cheval à distance.

  • Le jeu du cercle

Avoir un cheval responsable qui tiendra : la direction et l’allure demandées sans prendre d’initiatives. Il ne s’agit pas de tourner pendant 20 minutes en longe, il s’agit de ne pas laisser le cheval s’ennuyer en lui demandant beaucoup de choses différentes. Des transitions montantes, descendantes, des variations d’allure, de tracer…

  • Le jeu du déplacement latéral
  • Le jeu du passage étroit

Aider le cheval à être moins claustrophobe, à renforcer son courage et sa confiance en lui face à des choses nouvelles. Le passage étroit peut être simplement le fait de passer entre l’humain et la clôture, entre des plots, dans un couloir de barres, par dessus une bâche, un obstacle et tout ce qui vous passera par la tête.

Méline : 

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Méline et Casting

Le travail à pied dit équitation « éthologique » est une méthode d’apprentissage (et non une discipline) pour installer une certaine sécurité entre le cheval et son cavalier, d’augmenter la performance du cheval mais surtout, elle permet d’installer une relation et un lien indestructible avec son compagnon. Cette méthode d’apprentissage permet de comprendre comment le cheval apprend et comment fonctionne son cerveau. Pour ainsi, éviter de faire des erreurs.

 

 

Caroline : 

Pour moi, c’est un travail fondamental pour le débourrage d’un cheval. Qu’il soit jeune ou qu’il ait déjà vécu. Un cheval n’est pas une machine… C’est bien beau de poser ses fesses et de le contraindre à travailler…  Mais à pied on peut faire énormément ! Et on apprend surtout beaucoup de choses. Bien des gens passent à coté car ne connaissent pas… ou pensent que c’est inintéressant. Au contraire. A pied, la relation est différente, le

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Caroline et Steevland

travail est autre. Une relation s’installe. Chaque mimique ou mouvement du cavalier est perçu par le cheval, et inversement. Mais le travail à pied ça n’est pas forcément devoir faire trotter etc. C’est aussi s’arrêter et observer ; regarder son cheval, voir ce qu’il renvoie ; à partir de là, chaque situation prend son importance. On ressent presque tout, on devine mieux l’état physique et l’état d’esprit dans lesquels le cheval sera.  Par exemple, je sais que si je travaille trop à pied, il s’ennuie, et me le fait savoir : il fait les exos mais sans conviction. Je sais qu’il va falloir arrêter pendant un moment, et reprendre plus tard. Autre exemple, je sais que mon cheval ne s’arrête jamais sur un obstacle, mais les dérobe s’il n’a pas l’envie. En concours, il s’est arrêté un jour sur presque tous, pour me les sauter de l’arret. Pour moi quelque chose clochait : oui, la prise de sang était perturbée. Il était anémié. Observer, ressentir et comprendre. C’est ça, la clé du travail à pied.


2) Mais tous ces jeux à pied … ça sert à quoi ?

Anne-Sophie (TdR) : 

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Tartuffe, Vinio et Querido, trois trotteurs réformés en balade.

Tous les jeux à pied sont en fait la préparation de nos demandes montées. Par exemple, le jeu de l’amitié, n’est autre que la préparation du cheval à accepter un cavalier sur son dos. Nous commençons par désensibiliser le stick sur le corps du cheval, puis la cordelette, la longe, un sac plastique, n’importe quel autre objet qui peut nous passer entre les mains, le tapis, la selle… en statique puis en mouvement, pour finir par mettre un cavalier sur son dos.

Le jeu du porc épic permettra au cheval de répondre aux pressions exercées sur le licol : tenir à l’attache sans tirer au renard, suivre la direction indiquée par les rênes, céder à la pression des jambes… et comme le cheval sera sensible à notre énergie, elle se transmettra naturellement une fois sur son dos.

Méline : 

Les 7 Jeux Parelli permettent de comprendre le renforcement positif, le renforcement négatif, l’enlèvement de pression au bon moment (timing) car le cheval apprend par

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Méline et Casting

enlèvement de pression. Cette méthode nous permet aussi de comprendre que le cheval fonctionne par association des choses (conditionnement), il va associer nos gestes à une réponse. C’est grâce à cela que nous pouvons confirmer que le cheval ne fait pas la différence entre le bon et le mauvais.

Caroline :

Les sept jeux de Pat Parelli sont pour moi les bases du travail à pied et de l’éthologie, losrque l’on veut s’y aventurer. Maintenant, il est plus aisé de se faire aider par quelqu’un de qualifié, que seul, même si l’on peut y arriver ! Ces bases, par la suite, on les travaille n’importe ou, n’importe quand et de pleins de manières différentes ! L’éthologie c’est l’étude du comportement animal… A partir de là, tout est dit concernant cette ‘discipline’. Il faut réellement aussi arrêter avec les effets de modes !

Cela amène également à se concentrer sur le positionnement de chacun face à l’autre. Apprendre à se regarder, à s’écouter, à se respecter. Cela demande beaucoup de concentration. Ca n’est pas le cardio ou le physique qui primera en premier abord, mais plûtot la capacité mentale à rester concentré.


3) Une fois les jeux acquis, est-ce qu’il y a un lien avec le travail monté ? Des habitudes à garder une fois en selle ? 

Anne-Sophie (TdR) : 

Oui, tous les exercices au sol seront reproduits monté et ont une utilité monté. Encore une fois, le jeu, l’attitude positive doivent être de mises. Il ne doit pas y avoir de rapport de force, d’énervement.

Méline : 

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Méline et Casting

Une fois les bases acquises à pied, il faut continuer le travail à cheval. Le travail à cheval sera alors plus simple. Mais il faudra continuer à appliquer le renforcement négatif, positif, timing, etc. Dans un premier temps, vous apprendrez à votre cheval à marcher, tourner, s’arrêter et reculer avec l’aide la plus petite possible. Ensuite, le cheval répondra à votre demande grâce à certains codes très discrets, comme votre énergie ascendante et descendante, votre corps, votre bassin, .. Vous pourrez ainsi monter votre cheval en liberté. Mais attention, cela ne se fait pas en quelques jours, il ne faut pas oublier que ce n’est pas le but le plus important mais la façon dont on s’y prend pour y arriver.

Caroline : 

Tout ce qui est fait au sol, peut être retranscrit monté ! Et c’en est bien plus facile. Enfin je trouve. Au sol, bon nombre de codes peuvent être mis en place, pour pleins de demandes. Il suffit de donner les mêmes codes une fois monté, et le tour est joué (avec du boulot quand même, mais je trouve que le travail est plus simple et plus fluide du coup !).

Pour moi, une des choses à ne pas faire, c’est utiliser un son pour tout ! On entend trop

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Caroline et Steevland

souvent les cavaliers faire des appels de langue pour tout et rien ! Le cheval ne sait même plus s’il doit galoper, marcher, s’arrêter, venir… Un son pour une demande. Faut de la patience mais ça marche !

Les intonations de voix sont également à garder. Un ton sec pour motiver, calme et détendu pour récompenser. Il faut garder les mêmes une fois à cheval, pour ne pas qu’il s’y perde. Et oui ! Le travai monté est une réelle continuité de celui entrepris à pied, et je l’affirme. Tout ce que je bosse monté, je l’ai fait à pied au préalable.


4) Avez-vous un exemple à nous raconter d’un cheval avec qui le travail à pied a particulièrement aidé à établir et approfondir la relation ?

Anne-Sophie (TdR) : 

Mon réformé de 4 ans, adopté il y a un an, est un amour mais il se trouve qu’il était très foufou en longe. Adepte de la « longe » où le cheval s’ennuie prodigieusement à tourner en rond pendant de longues minutes, je le regardais sauter, galoper, ruer, bref ! Faire n’importe quoi au début de chaque séance.

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Capagatois, (il y a un an et haut et il y a 8 mois en bas) dont l’excès d’énergie m’oblige à canaliser le mien.

J’avais fait des stages, passé des savoirs éthologiques, mais je ne savais pas comment gérer toute cette énergie.

J’ai commencé le coaching avec Valérie et en trois séances mon cheval a complètement changé. Je pouvais prendre mon cheval, faire quelques petits jeux à pied ou au pas, sans trotter ni galoper et arrêter dans le calme, même les jours de vent.

Il m’a fallu énormément travailler sur moi : un excès d’énergie que je transmettais sans m’en rendre compte via mes gestes, mon excitation, mon stress.Sans titre5

Après trois coachings, à chaque fois que je passais devant le parc de mon cheval, il quittait son foin et son copain, pour venir hennir à la clôture. A ce moment là, j’ai vu que quelque chose avait changé et qu’il avait autant envie d’être avec moi, que moi d’être avec lui.

Aujourd’hui nous attaquons le montoir et tous les jeux Parelli ont été approfondis pour monter. Il y a encore du travail (sur moi essentiellement !) 🙂

Méline : 

Lorsque j’ai acheté mon trotteur, cette méthode m’a beaucoup aidé car il avait appris beaucoup de mauvaises choses à cheval. Il se précipitait, me tractait. Le travail à pied nous à permis d’apprendre à nous connaitre et à installer une relation de confiance sans contrainte ni rapport de force.

Caroline : 

Le travail à pied a surtout amélioré l’écoute du cheval. Il y a beau avoir des cavaliers en

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Caroline et Steevland

cours, au galop, à l’obstacle, autour de nous, il reste concentré sur mes demandes personnelles, et ne va pas voir les autres (même s’il tend parfois à le faire !), mais il est vite rattrapé par un « Eh oh ! » assez sec, pour lui signifier que, non, les copains c’est après. Et une fois monté, bien en concours ça me sert, quand bon nombre de cavaliers sont présents à la détente, ou en balade, ou lorsqu’un cheval fait tomber son cavalier et par plein cul galop dans  la carrière : je suis en liberté montée, le mien ne bouge pas.


 

 

5) Faites-vous ces jeux avec chaque nouvel arrivant dans vos écuries ?

Anne-Sophie (TdR) : 

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Vinio, l’ex petit cheval craintif

Rares sont les familles qui connaissent et/ou souhaitent éduquer leur cheval de cette manière. Malheureusement le cheval-mobylette a encore beaucoup la cote et le cheval dirigé et ralenti uniquement avec les rênes aussi…

Donc enseigner tout cela au cheval, sans que la future famille du cheval ne prenne le relais, serait vraiment dommage et n’aiderait pas forcément le cheval, qui devrait encore apprendre autrement après son départ.

J’ai quand même fait ce travail avec un cheval (Vinio) mais aujourd’hui il est monté de manière classique.

En revanche, selon les chevaux, je reprends des jeux, que je vais adapter selon les profils des chevaux. Mais les bases enseignées seront celles de l’équitation classique où le cavalier dirige avec ses rênes…

Il m’arrive souvent d’accueillir des chevaux qui sont sensibles et pour qui l’humain n’est pas synonyme de confort. Ils peuvent même ne pas se laisser attraper car la fuite est la

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Carline, très inquiète par la bâche au début, a su vaincre sa peur.

solution la plus confortable pour eux. Dans ces cas là le jeu de l’amitié et les désensibilisations sont d’une très grande aide. Avec un cheval qui ne se laisse pas attraper, il suffit en général d’une séance de jeu de l’amitié + désensibilisation au stick et gestes brusques pour que le lendemain il se laisse attraper sans souci. Ce sont des chevaux sensibles, qu’il faut mettre en confiance.

Parfois certains chevaux ont du caractère et manquent de respect (cheval qui bouscule, tape, mord). Il faut, dans ces cas là, instaurer un peu de distance entre eux et nous. Ce

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Biobi, quand manque de respect rime avec cabrer… il ne savait faire que ça.

sont généralement des chevaux lourds, peu sensibles, peu émotifs, qui ont confiance en eux.

 

 

 

 

 

Caroline : 

J’essaie de montrer deux trois exos à certaines cavalières qui s’interessent et qui éprouvent des soucis avec leurs chevaux. Et quand je vois que ca marche, j’avoue que ca fait plaisir. Malheureusement, et heureusement d’ailleurs, je n’ai qu’un seul cheval, donc je n’ai que lui sur qui me concentrer, et tant mieux !


6) La méthode Parelli, c’est aussi plus que cela ; une réelle prise en compte du psychique du cheval. Cela a donné les « horsenalities » : qu’est-ce que c’est ? à quoi ça sert ?

Anne-Sophie (TdR) : 

On entend souvent dire qu’il n’y a pas une seule méthode pour tous les chevaux. En réalité, si, mais c’est la manière dont on l’appliquera qui va être différente selon le caractère du cheval, selon son émotion du moment.

Le horsenality c’est le profil psychologique du cheval. Selon ce qui se passe autour de lui son horsenality peut passer d’un extrême à l’autre. Donc il faut savoir a quel moment nous avons un cerveau gauche extraverti ou un cerveau droit extraverti. Il faudra réagir différemment selon le horsenality pour ne pas mettre de l’huile sur le feu.

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Pour connaitre la horsenality « principale » de son cheval, il faut remplir le tableau en faisant des croix sur les comportements et caractères qui correspondent le plus à son cheval. Là où il y a le plus de croix représente la personnalité principale de votre cheval.

Pour corser la chose, il faut savoir que le horsenality peut changer en l’espace de quelques secondes. On peut avoir un cheval LBE (cerveau gauche extraverti) à la base, donc joueur et rigolo et s’il prend peur de quelque chose ou que nos émotions traduisent du stress, de l’anxiété ou de l’excitation, devenir RBE (cerveau droit extraverti) et paniquer, courir partout etc.

Lorsque l’on a un cheval RBI (cerveau droit introverti) donc un peu méfiant/craintif le but est qu’il prenne confiance et devienne LBE (cerveau gauche extraverti) bien dans ses baskets et fun. Sauf que si on fait faire les choses à un RBI comme un LBE on ne l’aide qu’à se renfermer un peu plus sur lui même.

Tout cela est passionnant et l’on apprend énormément sur les chevaux et sur nous même. Car certaines personnes ont du mal à gérer leurs émotions et elles viennent influer sur la relation qu’ils entretiennent avec leur cheval et cela peut avoir des conséquences négatives qui mèneront souvent à la vente du cheval.

Caroline : 

Il me semble que c’est l’étude de la personnalité de notre cheval, pour ensuite savoir dans quelle ‘catégorie’ il est placé, et ainsi mettre en place un programme de travail adapté à son caractère.


7) Définir la horsenality d’un cheval vous permet-il de vous adapter réellement à lui, et de lui proposer des séances et une progression bien personnelle ? 

Anne-Sophie (TdR) : 

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Spano

Oui, parce qu’un cheval introverti deviendra extraverti et à l’aise. Chez les trotteurs réformés au départ il y a beaucoup de chevaux cerveau droit extraverti et introverti mais par la suite ils vont changer.


 

 

 

8) Des conseils plus généraux à donner aux propriétaires de trotteurs qui vivent cette aventure ?

Anne-Sophie (TdR) : 

Avec les trotteurs, la priorité c’est de prendre son temps, de se contenter de peu au début et d’approfondir chaque exercice en étant de plus en plus léger dans les demandes.

Il faut tout aborder sous forme de jeu, même monté, les chevaux adorent cela.

Souvent on veut aller trop vite, on en demande trop et on ne cède pas assez tôt une fois

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Spano

que le cheval a donné la bonne réponse.

Eduquer son cheval permet d’avoir une meilleure entente, une meilleure relation, même avec un cheval avec lequel on pensait ne jamais pouvoir s’entendre, les résultats sont incroyables, il suffit de comprendre ce que nous dit le cheval. Pas toujours facile à faire lorsque l’on est seul ou mal entouré.

Pour progresser, il faut se faire aider par de bons professionnels.

Méline :

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Méline et Casting

Tout ce que je peux dire c’est .. PROFITEZ ! Aimez votre trotteur et ne désespérez pas quand vous n’y arrivez pas, car si le lien est fort, il fera tout pour vous mais n’oubliez pas qu’il reste un cheval. Ne brûlez pas des étapes, prenez votre temps et ne pensez pas au résultat. Ne faites pas quelque chose juste pour faire comme tout le monde, faites le pour vous. Et non pour mettre « j’y arrive » sur votre profil Facebook.

Caroline : 

Se donner le temps, de la patience. Ne pas vouloir être pressé et avoir tout d’un coup. Se souvenir que, n’importe quel cheval vit, que ça n’est pas une machine. Qu’il a des humeurs, des états d’âmes, une personnalité. Qu’il lui arrive d’être fatigué, d’être plein d’énergie. Tout cela est à prendre en compte pour avancer sereinement. Se faire aider par des professionnels reste une chose assez nécessaire pour ne pas s’aventurer n’importe comment dans un travail qui demande beaucoup de boulot pour éviter qu’il ne devienne néfaste. Et surtout, prenez du plaisir ! Votre cheval en éprouvera également.

Par rapport au travail en cordelette et liberté, je trouve que c’est l’aboutissement et le

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Caroline et Steevland

rêve de tout cavalier. Les étapes pour y arriver ne sont pas à franchir au pied lever, mais bien les travailler ! ça n’est pas du spectacle, ni de la démonstration, mais une réelle relation qui s’installe et ou le cheval, par ses 500 kg, répond au doigt et à l’oeil à un cavalier qui ne fait qu’1/10e de son poids… Trop de personnes s’y mettent sans trop s’y connaître… Il faut réellement travailler avant de se lancer ! Après, une fois que c’est acquis, c’est le top ! En tout lieu, en toute situation… On se sent libre. Le cheval pareil. Pas de contraintes, juste de l’écoute et du respect… Que demander de mieux ?
Le mien a compris que s’il écoutait, il serait tranquille… Du coup il est peinard ! Et quand j’essaie de lui remettre le licol, je peine un peu… Des fois cela reste nécessaire et surtout moins dangereux (lors de passages en ville par exemple).


Merci à elles pour ces témoignages et conseils ! Un article riche en enseignements … A méditer, mais surtout à essayer !

Et vous ? D’autres témoignages ? Des réussites, des rêves ? Racontez-nous tout !

Trotteusement,

 

 

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