L’incurvation

Il est bon de temps en temps de reprendre les bases. L’incurvation est un des fondamentaux du travail du cheval, une fois les bases posées (travail longitudinal sur les allures).

Pour nous autres, cavaliers de trotteurs, l’incurvation est également essentielle (incontournable, indispensable, élémentaire, et j’en passe et des meilleurs !). Le maître Nuno Oliveira le disait déjà : « si le cheval n’exécute pas des cercles rigoureusement parfaits et égaux des deux côtés, il ne peut pas travailler correctement le reste ».

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Le plus grand maître de l’art équestre du XXème siècle, Nuno Oliveira.

Vaste programme, qui ne révolutionne pas l’équitation mais qui peut néanmoins faire office de St Graal équestre. Tel le musicien qui répète inlassablement ses gammes, chaque jour, le cavalier incurve, voire contre-incurve.


Mais qu’est-ce que cette incurvation ? 

Le cheval ajuste le ploiement de son rachis au tracé du cercle qu’il exécute. Il se plie donc de la nuque jusqu’à la queue, et non simplement de la nuque jusqu’au garrot comme beaucoup le pensent. Dans une incurvation correcte, c’est donc tout le corps du cheval qui travaille.

Le corps du cheval devient donc malléable à la figure exécutée, et ce faisant, il va engager son postérieur interne sous la masse. La conséquence ? Il va se muscler,  s’assouplir et devenir réceptif aux aides du cavalier. Un cheval incurvé accepte en effet

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On avait pourtant dit de pas tirer sur la rêne intérieure …

les aides, et y répond sans s’y soustraire, gage de collaboration pour les exercices ultérieurs plus complexes.

Attention, travailler l’incurvation demande beaucoup de rigueur pour équilibrer les demandes aux deux mains. En effet, un cheval incurvé à droite par exemple va étirer ses muscles à gauche et contracter les muscles droits. Il faut donc veiller à une gymnastique égale.


Pourquoi est-ce si dur ?

La difficulté réside dans l’anatomie du cheval. En effet, la cage thoracique du cheval est rigide, contrairement à l’avant-main (nuque et encolure) et aux reins. Lorsqu’un cheval n’est pas musclé, ou bien jeune et débutant dans le travail (ou bien ayant une gêne physique, mais je pars du principe que tous les chevaux au travail sont aptes à réaliser dans de bonnes conditions les demandes du cavalier !), il a tendance à trop incurver son encolure au détriment du reste de son corps (fuite de l’épaule extérieure), ou au contraire à échapper aux aides, en mettant sa croupe à l’intérieur du cercle.

Un refus d’incurvation est souvent lié à un manque d’équilibre ou de souplesse du cheval (ou bien les deux, mon capitaine !).


Quelles aides pour y parvenir ?

Attention roulement de tambours, pour incurver … on parle … des aides d’incurvation ! Une fois ces aides assimilées par le cavalier, il lui deviendra facile de passer à des exercices plus complexes. En effet, les aides de l’incurvation sont, à peu de choses près, les mêmes que celles utilisées dans tous les autres mouvements, tels que les épaules en dedans, les cessions, les têtes au mur … L’incurvation est donc aussi le premier exercice pour éduquer correctement le cavalier ! 

Les aides sont au nombre de quatre, qui s’associent de manière coordonnées mais indépendantes (c’est ici que commence le tact équestre …) :

  • la rêne intérieure, appelée rêne d’ouverture, indique la direction au bout du nez du cheval. Elle ne tire pas, mais attire. Par une rotation du poignet, le cavalier ouvre la rêne et demande au cheval de plier son bout de devant. Elle s’écarte donc un peu de l’encolure, puis revient vers le garrot, sans jamais passer de l’autre côté de l’encolure !
  • En même temps, la jambe intérieure, dite d’incurvation, agit à la sangle par des pressions discontinues du mollet ; le
    incurvation

    Merci M. Fouganza de faire des super schémas pour bien tout comprendre !

    cavalier doit avoir la sensation que le cheval se plie autour de sa botte.

Les aides extérieures vont aider à contrôler le mouvement :

  • la rêne extérieure, dite régulatrice, agit comme un mur que le cheval n’aurait pas le droit de franchir. Tendue, elle permet de limiter l’échappement de l’épaule extérieure. Elle se rallonge légèrement (en gardant la tension) afin de permettre au cheval détirer ce côté externe.
  • Enfin, la jambe extérieure, dite de position, recule légèrement et fait office de rempart pour éviter que les hanches ne dérapent du cercle.

Tout cela avec un cavalier équilibré, qui ne met pas plus d’un poids d’un côté que de l’autre (le défaut étant souvent de peser plus sur le côté extérieur).


Une incurvation qui ne tourne pas rond

Les cavaliers rencontrent souvent les mêmes problèmes sur l’exercice. La solution peut paraitre simple, mais il s’agit souvent d’un mauvais dosage des aides. Dans ce cas, il faut reprendre l’exercice en se remémorant chacun des points et en analysant d’où vient le défaut d’exécution. L’important est toujours la manière de demander. 

  • Le cheval qui a trop de pli : pour une incurvation correcte, on considère qu’il faut voir le coin de l’oeil du cheval ; au delà, il s’agit d’une flexion. Pour y remédier, il faut doser la rêne d’ouverture et surtout refermer la rêne extérieure pour contrôler l’épaule extérieure qui fuit le cercle.
  • Le cheval qui chasse les hanches en dehors du cercle : la solution réside dans la jambe de position pour remettre en ligne les épaules et les hanches.
  • Le cheval qui se couche : plus de respect de la jambe d’incurvation.

Progression dans le travail : que faire avec ma Trottinette qui ne connait que la ligne droite (et sa colonne vertébrale aussi!) ?

Toujours selon Nuno Oliveira, l’incurvation fait partie d’une même famille d’exercices, qui commence par le passage des coins, se poursuit par les cercles et se termine par les épaules en dedans.

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Et on a dit pas couché sur le cercle non plus … 

Ainsi, avec un jeune, on peut commencer à poser les aides de l’incurvation en s’aidant des coins. Les demandes sont plus courtes, et matérialisées, ce qui aide le cheval à comprendre où l’on veut en venir.

Ensuite vient le travail sur le cercle, qui évolue une fois l’incurvation acquise par la variation des diamètres des cercles, voire par la variation du diamètre du même cercle. Huit de chiffres, changements de main et serpentines complètent le programme !

Enfin, l’incurvation prend tout son sens avec l’épaule en dedans, mouvement roi du dressage. S’il ne fallait ne faire qu’un exercice à tout cheval, ce serait celui là, mais ceci est une autre histoire …

En guise de conclusion, je citerai le site Cheval Haute Ecole« un cheval harmonieusement incurvé … est déjà un cheval dressé ! »


Sources :

Nuno Oliveira, Oeuvres Complètes (Edition Belin)

Site Internet Cheval Haute Ecole 

Blog Fouganza pour le schéma

Une réflexion sur “L’incurvation

  1. Pingback:   Dos, le dos, qui a bon dos  – partie 2 | «Je Trotte donc Je suis

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