Un trotteur … Qu’est ce que c’est ?

Histoire de ne pas mettre le sulky avant le cheval, voici un article qui reprend les bases, et qui répond à la question, peut-être toute simple : un trotteur qu’est-ce que c’est ?

Pour comprendre de quel type de cheval nous parlons, il est important de repartir du commencement.


Le trotteur : son fonctionnement 

Le trotteur est par nature un cheval de course. J’enfonce ici peut-être une porte (de boxe) ouverte, mais il faut toujours avoir cette notion en tête. C’est l’homme qui a développé son allure, forçant ainsi la vitesse du trot à 50 km/h, contre une moyenne habituelle de 14-15 km/h.

Le trot du trotteur est même appelé « flying trot » dans le jargon des courses, et l’expression illustre bien l’extrémité dans laquelle l’allure est poussée lors des courses de trot.

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Source : galerie personnelle. 

Rappelons également la description de l’allure du trot (mais si, je suis sûre que vous connaissez encore par coeur le programme fédéral du Galop 3, le cheval c’est trop génial) ; c’est une allure sautée, symétrique, à deux temps égaux, où le cheval se déplace par bipèdes diagonaux, dont le posé est séparé par un temps de suspension.

A cette allure « normale », le cheval n’a pas besoin d’adapter son équilibre, la position de la tête et de l’équilibre restant stables. En course, le cheval doit déplier ses foulées en lançant très loin son postérieur. Pour éviter de se blesser, il doit dans le même temps relever rapidement l’antérieur. Pour arriver à cette allure très mécanique, le cheval a besoin de l' »aide » de l’homme : ferrure adéquate, ou enrênement. On comprend donc très aisément d’où provient l’équilibre très horizontal du trotteur, puisque la stabilité naturelle du trot est chez lui plus qu’exacerbée.

C’est tout le contraire du galop, où le corps du cheval du cheval connait différentes poussées : vers l’avant lors de l’avancée des postérieurs sous la masse, vers le haut grâce aux antérieurs (temps de suspension), et vers l’arrière suite à cette poussée vers le haut, ce qui reporte du poids sur l’arrière-main. L’encolure accompagne ces différentes variations de l’équilibre : elle s’abaisse et se relève ; c’est l’image du cheval à bascule.

Pas besoin d’aller plus loin pour comprendre les difficultés de nos trotteurs à apprendre à fonctionner au galop. C’est tout leur corps qu’il faut rééduquer pour cela, et cela passe par des dizaines d’exercices au pas et au trot (mais nous aborderons ces sujets au fur et à mesure), dont l’objectif sera de redonner de la liberté et du mouvement à l’encolure, afin de briser sa rigidité, et de redonner de la souplesse par les mouvements latéraux à un corps qui fonctionne de manière longitudinal presque exclusivement.


Quid de la génétique ?

S’ouvre ici le grand débat. Le trot de courses, fabriqué par l’homme, ou qui puise son origine dans la génétique ? La question est grande ouverte, et sera même l’objet d’un article, car de récentes études portent à croire que les gênes jouent un rôle dans cette allure du trotteur.

En revanche, si on s’intéresse un peu à l’histoire de la race, nous comprenons que le trotteur est, comme toutes les races modernes, sélectionné par l’homme depuis sa création en vue d’en faire une race spécifiquement conçu pour le trot.


Montons dans la machine à trotter dans le temps …

Ainsi, le trotteur est né dans les années 1830, suite aux guerres napoléoniennes qui décimèrent la population chevaline française, pour répondre à un besoin simple : un cheval solide, rustique, rapide mais peu coûteux (tout le contraire du pur-sang anglais alors très en vogue, notamment dû à son entretien onéreux et compliqué). Cette nouvelle race devait satisfaire aux besoins de l’armée : porter des hommes, tirer des pièces d’artillerie, et rester stoïque face aux bourdonnements des canons (là encore, le pur-sang anglais était exclu d’office, trop sanguin). Répondre à ses qualités supposait aussi que l’allure de prédilection serait le trot.

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Cheval anglo-normand (Narquois, 1891)

Le berceau de race se situait en Normandie, privilégiée pour la qualité de ses herbages et de son terreau de terre d’élevage. Les éleveurs ont croisé des juments locales (dites anglo-normandes, de type carrossier, donc déjà adaptées à l’attelage) avec des trotteurs Norfolk (race anglaise aujourd’hui disparue).

 

Les premières courses de trot de 1836 permirent de comparer les premiers produits et donc de sélectionner les meilleurs géniteurs. Le trotteur était alors appelé « demi-sang normand », et son physique n’en faisait pas un spécimen chéri par les parieurs : trapu, petit, peu expressif, avec une grosse tête et des jambes courtes et fortes …

Un rédacteur sportif de l’époque, Ned Pearson, disait même : « ce qu’on est convenu d’appeler un trotteur ne galope pas, il est vrai, mais ne trotte pas davantage » … Oh, le beau cheval …

Néanmoins, la race se développe ainsi que la pratique des courses au trot, avec en 1864 la création de la Société du cheval français de demi-sang, devenue la société d’encouragement à l’élevage du cheval français ensuite (et connue aujourd’hui sous l’appellation et le logo du Trot). Je vous invite à aller visiter leur site Internet, très bien fait pour en apprendre plus sur le trotteur et sur le monde des courses de trot : ici !

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Logo de la SECF aujourd’hui

A la fin du 19ème siècle, la France était fière d’avoir créé en 50 ans une nouvelle race, qui avait à l’époque une réelle suprématie sur les autres races de « trotteurs ». Néanmoins, la concurrence avec les trotteurs venus des Etats-Unis et de Russie fut rude, et l’élevage français dut s’adapter pour conserver son leadership.

C’est ainsi que durant l’entre deux-guerres, les premiers croisements avec du sang américain (race Standardbred), mais aussi avec un peu de pur-sang anglais et arabe, furent réalisés. La réussite de ces croisements

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Cheval Norfolk

n’est plus à démontrer puisqu’ils ont donné lieu au trotteur tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le premier stud-book du trotteur fut ouvert en 1906, et la race est enfin appelée ainsi en 1922. Il est fermé en 1937 afin d’empêcher tout ajout de sang étranger. En 1980, quelques éleveurs réutilisèrent des croisements avec des Strandardbred, puis le stud-book fut à nouveau refermé.

La conséquence fut une véritable évolution du modèle du trotteur, et aujourd’hui les 3/4 des trotteurs nés en 2003 possèdent des gênes étrangers.

Voilà en quelques lignes l’histoire de notre race ; on comprend toujours mieux une chose lorsqu’on en connait le passé.

Pour les curieux, maintenant que nous avons appris qui était le trotteur, nous pourrons envisager un article sur les trotteurs célèbres … A vos avis !


Sources :

Trotteur, quand tu nous tiens, Jean-Pierre REYNALDO

La locomotion du cheval, Gillian HIGGINS

4 réflexions sur “Un trotteur … Qu’est ce que c’est ?

  1. Article très intéressant, et le site d’une manière générale l’est tout autant.

    Vivement de lire vos articles suivant, moi qui viens d’acheter un trotteur, c’est toujours bien d’en savoir plus sur la race et sur comment mieux le travailler ! 😊

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    • Je vous remercie pour vos encouragements et je suis contente si le projet entre en adéquation avec les demandes des propriétaires de trotteurs ; bonne route avec votre nouveau compagnon, et n’hésitez pas à nous faire partager des bribes de cette évolution, dans la réussite comme dans les questionnements !
      Trotteusement,

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  2. Je vais bientot sauter le pas et passer au trot pour m’acheter un cheval. J’hésite énormément à acheter un trotteur réformé,(malheureusement j’avoue que je n’aime pas leur tête ronde) . Tout le travail que semble demander ce cheval pour réapprendre les bases me donne à réfléchir. J’espère que les articles au fur et à mesure me convaicront…
    Au plaisir de te lire de nouveau !

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    • Acheter un trotteur demande certes plus de travail qu’un autre cheval, ou devrais-je dire plus de patience pour arriver au résultat, et il faut juste en être conscient pour aborder les choses dans l’ordre et que l’évolution se fasse. Mais en étant encadrée, il n’y a aucun souci ! Et un trotteur, et ça c’est purement personnel, t’apportera des sensations, des émotions et des moments de vie qu’aucun autre cheval ne t’offrira … J’aurais pu repartir sur des selles, je ne l’ai pas fait … Tout est plus riche avec eux ! 😉

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