La longe … sans tourner en rond !

Vaste sujet que celui-ci, souvent controversé (usure des jarrets), pourtant plébiscité, et seul exercice de travail à pied pour la plupart des cavaliers (à mon grand dam !).

Longer un cheval est un exercice qui ne s’improvise pas, et qui demande un peu de pratique et de réflexion afin d’arriver aux objectifs qui sont ceux du longeur … Car une longe peut-être exercée de 10 000 manières différentes, selon le cheval, selon la place que tient la longe dans l’esprit du longeur (défouloir du cheval, réel exercice, manque de temps …), et selon le plan de travail qu’il se fixe au préalable.

Car oui, une longe se prépare, tout comme une séance en carrière. Il faut avoir un objectif final, et pour cela, préparer une multitude de petits exercices rapides (et j’insiste sur ce point), qui vont permettre d’y arriver.

Bien utilisée, la longe est un réel outil qui peut permettre des progrès considérables, notamment en terme de musculature.

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Pour cela, passer par un enrênement peut être une solution, si on l’envisage de manière ponctuelle et éducative dans le fonctionnement du cheval. En effet, bien réglé (point essentiel, mieux vaut s’abstenir de mettre un enrênement que d’en utiliser un mal réglé) et utilisé à bon escient, cela fait travailler le cheval dans le bon sens pendant un court laps de temps.

Pour moi, une longe enrênée n’excède pas une vingtaine de minutes (soit 10 à chaque main), avec un temps de détente sans enrênement avant (entre 5 à 10 minutes selon le cheval), et après (un peu plus court, histoire que le cheval puisse s’étendre s’il en a besoin).

Au delà, je considère que les chevaux n’arrivent plus à se concentrer (car mine de rien, malgré la variété des exercices … ils tournent en rond), et qu’il y a plus de risque de rester sur une note négative (défense, perte de motivation, etc.).

Passons maintenant sur la question du galop, très épineuse, comme toujours avec les trotteurs. Certains y voient une solution miracle pour apprendre à son cheval à galoper avec l’aide de la voix, moi je reste sceptique.

En effet, le diamètre d’une longe est extrêmement réduit même si l’on tient la longe en bout de longe, et il vaut mieux privilégier les premiers galops sur une ligne droite (piste de galop, chemin de forêt, grande carrière) que sur un cercle qui, en plus de l’allure, va perturber le cheval dans son équilibre.

Cela peut entraîner risque de chute, mais cela montre aussi à votre cheval qu’il peut galoper ainsi. Or, monté, on n’admet pas ce galop désordonné et couché qu’il peut faire en longe : pourquoi alors lui montrer, voire pire lui permettre et le féliciter pour quelque chose qu’on ne souhaite pas conserver à terme ?

Evidemment, il faut nuancer au cas par cas, car certains trotteurs galopent très bien en longe, naturellement et de façon équilibrée. Même si ce n’est pas monnaie courante.

Personnellement, et même avec des chevaux qui ne sont pas des trotteurs, je ne suis pas une grande adepte du galop en longe, et je préfère une bonne séance bien construite au pas et au trot.

Parlons maintenant des enrênements à privilégier. Là encore, tout est affaire de cheval, et chacun verra midi à sa porte en fonction du vivant qu’il a en face de lui.
Néanmoins, certains enrênements sont pour moi relativement faciles d’utilisation, simples à régler et surtout bénéfiques pour n’importe quel cheval.

C’est pourquoi je n’aborderai pas ici les rênes coulissantes ou le Pessoa : ils sont compliqués d’utilisation, voire d’un maniement expert, et ne peuvent être utilisés que lorsque le cheval est dressé.

Je préfère parler ici du gogue (tout simplement), et des élastiques (pourquoi chercher plus loin ?).

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Le gogue, que tout le monde connaît, présente un énorme avantage : le cavalier se contente de le régler … et c’est le cheval qui fait le reste, sans action sur la bouche !

Le longeur n’a qu’une mission : faire en sorte de conserver l’impulsion, et donc l’engagement des postérieurs, afin que l’enrênement agisse.

Ce faisant, le cheval engage, travaille son dos de façon souple, et vient tendre sa ligne du dessus sous l’incitation du gogue. Il se muscle à son rythme, sans que nous ayons à intervenir outre mesure.
Pourquoi s’en priver ?
En outre, nous pouvons modifier les règlages au cours de la séance pour ajuster en fonction des réactions du cheval, et obtenir un travail plus ou moins fermé dans l’angle tête/encolure.

Concernant les élastiques maintenant, ils sont à double tranchant. Certes, ils permettent au cheval de descendre sa tête, et donc de travailler son dos tête en bas, mais ils peuvent aussi apprendre au cheval à rester figé dans une attitude.
En effet, lorsque le cheval a trouvé comment détendre les élastiques, il peut avoir tendance (notamment pour les chevaux un peu raides) à rester dans cette position sans trop « en bouger » … et donc ne travaille pas son dos.

Personnellement, je ne conseille pas les élastiques utilisés de la manière suivante : reliés de la bouche et attachés à la sangle. Pour le même résultat, je préfère le gogue.

Je choisis de travailler avec des élastiques en vue d’un objectif : que le cheval apprenne à travailler en place, en utilisant son dos … sans avoir de point fixe (qui monté se traduit par la main du cavalier). Cela peut beaucoup aider pour les chevaux qui ont tendance à s’appuyer beaucoup sur le mors.

Dans ce cadre d’enrênement, ils sont obligés de travailler dans leur dos (là encore, le longeur se doit de veiller à l’activité venant des postérieurs), tout en s’équilibrant d’eux mêmes, et en trouvant une solution qui n’est pas extérieure.

Les élastiques de cette façon se montrent très positifs. Ils ne doivent cependant pas être trop tendus (on ne veut pas saucissonner le cheval mais lui indiquer une sensation de confort/inconfort), et ne doivent pas être attachés trop haut sur le surfaix.

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Les anneaux du milieu me paraissent plus indiqués, afin d’obtenir un placer correct sans demander au garrot de travailler trop fort.
Une position basse peut aussi être envisagée, mais attention alors à ne pas se tromper d’objectif de séance : si l’on veut qu’il apprenne à s’équilibrer tout seul, mieux vaut ne pas l’encourager à avoir un placé de tête bas !

Enfin, et pour finir sur les enrênements, je travaille avec une deuxième sorte d’élastique, dit éducatif.

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Très facile à utiliser, peu connu, ses bienfaits sont considérables, surtout pour les jeunes chevaux, et il a le mérite de travailler en douceur.

Cet élastique agit à mi-chemin entre le gogue et les élastiques. Il passe sur la têtière, puis dans les anneaux du mors, et vient s’attacher à la sangle.

Il agit donc comme un gogue dans le mécanisme, mais en étant élastique, et donc en permettant plus de liberté au jeune cheval … ou au cheval très raide.

Cela peut être un bon outil dans les premières séances de cheval, pour muscler gentiment, sans contraindre trop fort, et avant de passer à plus exigeant, il permet que le cheval comprenne ce que l’on souhaite obtenir de lui.

Très méconnu, il est en vente dans les bonnes selleries, à un prix défiant toute concurrence : de 6 à 10 euros … !

Je n’ai pas parlé de l’attache de longe, et pourtant il me paraît intéressant de faire un point.
En colbert, en gourmette, directe, chacun voit l’attache qu’il veut selon son cheval et son comportement en longe, je n’entre pas ici dans le débat.

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Mais il peut parfois être intéressant de travailler son cheval avec la longe qui passe dans l’anneau du mors, et qui vient se fixer sur un anneau du surfaix : c’est le principe de la « longe inversée ».
Ce faisant, on incite le cheval à s’incurver (il faut être très doux dans la main), et on travaille plus l’incurvation. On incite également à déplacer les hanches à l’extérieur du cercle.
L’inconvénient étant qu’on ne contrôle pas l’épaule extérieure en longe, et que le cheval peut fuir l’exercice en dérapant à l’extérieur.

Passons maintenant aux exercices proprement dits. Quelle palette avons-nous ?
Je vais ici faire une liste non exhaustive, avec le travail que cela permet au cheval :

– transitions rapprochées (arrêt, pas, trot) : dynamisme, écoute, équilibre longitudinal
– transitions intra-allures (au trot surtout) : équilibre longitudinal
– ligne droite : permet de vérifier la rectitude de son cheval, fait varier moralement le travail, réveil l’intérêt pour le longeur
– réduction/agrandissement des cercles : équilibre du cheval, travail d’engagement (demande plus forte sur le postérieur interne lors du rétrécissement des cercles), travail de l’épaule extérieure lors des agrandissements,
– travail sur des barres au sol : équilibre longitudinal, apprend à décomposer le mouvement, quelque soit l’allure du trot, reporte du poids naturellement sur les postérieurs.
Le mieux concernant les barres au sol est d’en disposer trois ou quatre en V, afin d’avoir trois passages différents : sur un trot plus rassemblé, au trot de travail naturel du cheval, et à un trot plus soutenu.

Les exercices en longe ne sont pas très variés, même si l’on veut être imaginatif : mais le maitre mot est SOUVENT, et PEU.

Demander peu de fois un exercice, mais souvent, et changer en régulièrement.

Même règle pour les séances de longe : courtes, mais régulières.

Vous constaterez bien vite que votre cheval gagne en musculature, en aisance avec son corps, et en équilibre, avec un travail serein qui limite le stress, et vous permet également de le voir évoluer.

Car l’un des intérêts de la longe reste que vous avez votre cheval sous le yeux : apprenez à le voir, et pas seulement à le regarder !

Le travail à la longe pourra être le prélude à un autre type de travail à pied, méconnu et très peu utilisé, qu’est le travail aux longues rênes. Mais chaque chose en son temps !

Trotteusement,

2 réflexions sur “La longe … sans tourner en rond !

  1. quel dommage de lire qu’il « faut » un enrenement a un trotteur (ou autre) pour moi qui n’en met jamais aux miens et qu’il faille les laisser tourner en rond bêtement pour se muscler…
    Mieux vaut travailler avec un bon pro si on ne sait pas faire sans et éduquer son cheval (selon Parelli par exemple) pour muscler (sans ennuyer le cheval, Parce que la longe Cest ce qu’il y a de pire pour un cheval !) éduquer (rendre disponible, a l’écoute, avec respect et en toute sécurité) en enseignant les bonnes gestes au cheval en jouant et ce sans artifices cache miserere.

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    • Je vous remercie pour votre commentaire, car les désaccords ou les points de vue divergents sont formateurs ! Je nuance cependant votre propos, puisque je précise dans l’article car la longe est certes un excellent moyen de remuscler, mais qu’elle est rébarbative d’où le fait de faire des séances courtes, et d’alterner les exercices (notamment avec dispositif). Concernant les enrênements, je partage votre idéal de faire sans, et d’ailleurs j’en bannis personnellement certains (notamment les rênes allemandes), mais l’objectif ici est de donner des clés, à des cavaliers qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, travailler avec des pros. Or, pour choisir ce qui fonctionne avec son cheval, encore faut-il connaître tous les outils à sa disposition, afin de choisir le plus adapté ; à son niveau et à son cheval. Je concluerai par le fait qu’évidemment, et nous nous rejoignons, l’objectif est de se passer des enrênements pour faire évoluer le cheval dans des exercices plus intéressants. Néanmoins, certains d’entre eux permettent d’obtenir une attitude juste, sans être trop coercitifs, et permettent également au cavalier de visualiser ce qu’est une attitude juste (basse et ronde, par exemple). Trotteusement,

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